Arpentes et songes

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 Ombres et val (II)

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Gaëlle
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Nombre de messages : 225
Localisation : Vercors et Brocéliande
Date d'inscription : 20/03/2005

MessageSujet: Ombres et val (II)   Dim 6 Nov à 18:21

[...]

La neige lourde tombe doucement, enveloppant chaque bruit d’un halo de silence spongieux. Le cheval marche depuis de longues heures sous ce froid vif, mais il ne semble pas en souffrir. Le grand homme a les moustaches et la barbe toutes ourlées de givre, et ses yeux d’un bleu presque blanc semblent luire de méchanceté. Il se retourne parfois, observant les trois jeunes filles, qui courent, éreintées, derrière la grande monture noire, les corps tout bleuis de froid, les pieds ensanglantés par les ronces et les cailloux, et les genoux boueux. Chaque fois il ne peut s’empêcher de rire à cette vision qui semble le ravir au plus haut point.

Les branches sont basses, la forêt profonde, quelques lumières vacillantes indiquent les murailles épaisses d’un vieil édifice. Haute et tourmentée, la bâtisse semble se languir, alanguie dans une large douve encombrée de ronces et de vieilles souches brûlées. Tout est calme, au cœur de ce bois à la lumière tamisée par les reflets blanchâtres de la neige. Quelques oies dérangées se mettent soudain à hurler, provoquant un vrai remue ménage sur les tours et le chemin de ronde.

Porcelets dodus et volatiles de basse cour se dispersent apeurés, à l’arrivée de l’étrange convoi, alors qu’au delà des murailles on crie à la cantonade :

- C’est le Maître, le Maître est revenu, réjouissez vous, le Maître arrive ….

Quelques jargons étouffés, et la lourde herse se lève en grinçant, au moment où le pont-levis s’abaisse brusquement.

Gueux et piétaille se précipitent alors que le grand homme arrive lentement, le cheval montre des signes d’impatience, et ses coups de pattes, lestes et puissants, font s’écarter les manants qui s’attroupent alors derrière lui, autour des filles, essayant de leur caresser qui une cuisse, qui un sein, qui leurs cheveux ébouriffés.

Imperturbable, le grand homme entre lentement dans son castel, suivi par ses sujets, dansants une horrible ronde oppressante, autour des trois captives, qui, depuis leur arrivée en ces lieux, subissent maints outrages au plus profond de leurs chairs tuméfiées.

L’odeur d’urine est insupportable une fois passées les épaisses barbacanes, qui bloquent les mille fragrances forestières. La seconde herse, levée, donne sur une place pavée grouillante de monde, largement éclairée par de nombreuses torches accrochées sur les murs d’enceinte et le long des maisons qui se blottissent les unes à côté des autres, à l’intérieur des murailles salvatrices.
Un grand gibet trône au milieu de la place, entouré de multiples échoppes le plus souvent fermées leurs volets rabattus ou recouvertes de grands dais de tissus épais.
Quelques rigoles véhiculent une eau sale et puante qui traîne d’infects déchets, dans laquelle deux ou trois enfants, encore éveillés, s’ébattent joyeusement.
Le froid est moins vif, mais le vent s’engouffre parfois, descendant les longues venelles que vomissent les quartiers étagés, qui dégringolent en cascades des contreforts du puissant donjon, sis au centre du village, et finit sa course échevelée en tourbillons hystériques sur cette place glacée.
D’innombrables corneilles lugubres survolent en larges cercles concentriques les deux plus hautes tours carrées de l’imposant édifice tout griffé de givre et de neige rageuse, qui tourbillonne en volutes malhabiles dans cette nuit sans fins.

Terrifiées, les pauvres captives subissent les affronts de ces gens criards, qui leur crachent dessus, ou essayent de les forcer à endurer quelques sévices déplacés et inquisiteurs.

Deux écuyers accourent et aident prestement le grand homme à descendre de sa monture. Bien qu’il n’en ait visiblement aucun besoin, il se laisse faire, privilégiant le protocole devant ses sujets excités par son retour triomphant.

Un homme à l’embonpoint fort développé s’empresse à son tour, tout suant, dégoulinant d’obséquiosités, de chaînes dorées et de bijoux rutilants et criards.

- Seigneur, soyez le bienvenu céans, je vois que tout c’est bien passé, puisque vous ramenez les filles du Baron de Valombre, et qu’elles sont toutes trois, ma foi, fort appétissantes !

Baisant rapidement le poing de son maître, il s’empresse de s’approcher des trois sœurs, alors que la foule s’écarte prestement.
Il s’empare brutalement du sein de l’une d’elles qu’il tord à plaisir, jetant son autre main entre les cuisses d’une autre donzelle, forçant avec brusquerie ses chairs intimes en lesquelles il s’immisce avec férocité. Hurlant de douleur, la plus jeune tombe à genoux, entraînant maladroitement le gros homme, qui s’affaisse lourdement plein de rage et de ire, sous les rires des badauds amusés, qui se précipitent afin de l’aider à retrouver une certaine dignité.

- Sachez donc vous retenir un peu mon bon Yvetot, vous voilà entrain de tomber en pamoison devant une pucelle …

La foule ne peut s’empêcher de rire à gorges déployées aux invectives incisives du grand homme à l’égard de son sénéchal, alors que celui ci relève la fillette en la tirant par les cheveux.

- Tu ne perds rien pour attendre, garce ! Lui siffle t il d’un air de défit.

Puis se retournant vers son seigneur :

- Cela dit, plaise à Dieu que vous soyez de retour, ce n’est que folie de vous en aller seul détruire ainsi un fief tout entier !

- Certes, mais vois tu, il m’est plaisant de revenir ainsi ! Setif le grand était tout à côté de moi et m’a insufflé la victoire cette fois encore, et puis j’avais avec moi mes meilleurs hommes, j’étais entre de bonnes mains !

- Cinq hommes en tout et pour tout ! Comme vous y allez !

- Ce n’était pas difficile, d’ailleurs regardes Yvetot, ne suis je pas de retour sain et sauf ? Ces brebis n’étaient en rien des adversaires de valeur, tout juste étaient ils bons à rôtir en enfer !

A ces mots, écumant de rage, l’aînée des trois sœurs relève la tête, dardant ses yeux limpides sur le grand homme :

- Vous voilà bien fier de battre ma maison, Hugorne, mais ce n’est là que stratagèmes et manigances de pleutre que d’attaquer par le feu, de nuit et par surprise …

Elle ne peut poursuivre sa diatribe, la main gantée de fer du grand homme vient de se refermer sur le bas de son visage, collant à sa peau par le froid toujours plus tenace.

Obligée à s’agenouiller devant lui, elle le fixe de ses yeux bleus, résignés sans ciller, et crache à son endroit.

- Tu as de la chance que je sois caparaçonné, sinon j’aurai bien fermé ta bouche fielleuse avec quelque chose que tu ne sembles pas encore connaître … maudite pucelle !

Agacé il jette fermement la tête de la jouvencelle sur le sol pavé dans un bruit mat, sous les rires de la foule enhardie.

Les soldats amusés, délaissent leurs vigilances afin de regarder la scène, alors que le sénéchal ne peut s’empêcher de sourire, écrasant de sa lourde botte ferrée la tête fragile de la belle Ysane de Valombre.

- Te voilà soudain moins arrogante, sale vipère !

- Bien, préparez moi un bain, à moi et à mes hommes, et que la fête commence. Ce soir est un soir béni des Dieux !

La liesse générale répondit à cette affirmation, déjà les instruments lançaient ça et là des notes distraites, cherchant à s’accorder par delà les rires et les cris ambiants.

Deux serviteurs et quelques gardes relevèrent les fillettes, et les conduisirent prestement dans l’enceinte d’une bâtisse sombre, tenue à l’écart des lumières vives de la place.
Ils disparurent derrière une lourde porte bardée de piques, qui grinça et claqua vivement dans la nuit.

Loin, au delà des forêts ténébreuses, la longue plainte d’une louve lança ses trémolos par delà les vals.

[A SUIVRE ...]

Mille bises

Gaëlle

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