Arpentes et songes

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 Ombres et val (IV)

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Gaëlle
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Nombre de messages : 225
Localisation : Vercors et Brocéliande
Date d'inscription : 20/03/2005

MessageSujet: Ombres et val (IV)   Lun 19 Déc à 2:22

- Deux jours de fête c’est beaucoup Monseigneur, tant que vos gens dansent, ils ne produisent pas !
- Je reconnais bien là ta rapinerie coutumière, Yvetot, mais il est parfois bon que la piétaille s’amuse, elle se croit ainsi aimée, et ne pense pas aux froidures et aux disettes à venir, cortèges habituels des hivers de saison.
- Certes, mais cela ne fait pas le bonheur de nos réserves. Et nous n’avons rien récupéré des ruines d’Ardenceuil, pas or ni même victuailles ….
- Rien, dis tu, nigaud que tu es ! Et les pucelles alors ? N’est ce donc rien ?
- Si fait Hugorne, si fait. Les deux plus jeunes sont peu vaillantes, et leur escapade dans la froidure et le gel leur sera peut être fatale. Reste Ysane, mais l’aînée des Valombre n’a d’intérêt qu’entre ses cuisses, si on y rattache les terres dont elle est ultime propriétaire …
- Malheureusement nous n’avons pas vu ne serait ce que l’ombre de Jehan de Montfroide, et je jurerai qu’il était céans lorsque nous avons attaqué Ardenceuil. Pourtant il ne s’est pas porté au secours des pucelles, ce qu’il n’aurait pas manqué de faire, tout chevalier qu’il est. Mais sa défection soudaine m’a empêché de l’occire comme je le souhaitais, et faire disparaître avec lui, toute engeance moribonde, pouvant prétendre, de fait, à l’entière possession des terres d’Ardenceuil.
Soit la charité divine a fait qu’il brûle son lard dans l’incendie du bourg, soit son ire sera tel, qu’à lui seul il risque d’ébranler mon fin stratagème ! Sauf, sauf que je détiens en ces lieux sa belle et que je me la farcirai bien, afin qu’elle me donne l’héritier qui me manque, et du même coup, la légitimité entière sur ses terres.
- Oui Hugorne, mais vous n’êtes pas sans savoir qu’elles sont en geôles, et que bon nombre de manants ont déjà du les couvrir depuis qu’on les a enfermées. Cela ne vous gêne t il pas ?
- Qu’ils se rassasient, je n’ai que faire de leur pucelage, je n’ai besoin que de leurs terres.
Pensif, Hugorne s’approche de la fenêtre ouverte, percée dans les murs épais de la tour carrée qui trône au centre de sa forteresse. La cité s’étend à ses pieds. De multiples maisons qui s’enchevêtrent et dégringolent jusqu’à la grande place, des ruelles qui filent jusqu’à la ville basse et les quartiers mal famés. Les venelles éclairées même en plein jour, tant la lumière a de peine à franchir les alcôves de pierres et les maints pans de murs et de murailles. Au delà des enceintes, la forêt semble englober le reste du monde. Des arbres à perte de vue, pas une colline, pas un tertre qui ne surgissent de cette canopée immaculée ployant sous ses fardeaux de neige fraîche et poudreuse. Rageur il serre la rambarde gelée de sa main puissante, et crache vers la ville.
- Où diable se cache ce serpent de Jehan !
Yvetot, quand dois je rencontrer l’émissaire d’Acrasse ?
- Ce soir, à la croisée des pendus !
- Mais … ce soir c’est lune pleine ?
- Oui, Maître, si fait !
- Je déteste passer par ce dédale de sentes les soirs de pleine lune, c’est le territoire des faëes, qui dansent dans les faînes sous les grands hêtres blanchis de givre !
- Balivernes que tout cela !
- Ne dis pas cela Yvetot, tu m’es précieux dans la gestion et les chiffres, mais bien moins que l’appui des Faëes, et s’il advenait que tu leur déplaises, je me ferais un honneur d’aller leur livrer ta tête encore chaude, même si pour cela je devais traverser les fin fonds de la forêt des osselets, par delà la clairières des pendus !
- Que nenni mon bon Seigneur, je ne disais cela que pour vous donner du courage ….
- Je n’ai pas besoin de toi pour trouver du courage, va t en avant que tu outrepasses les derniers retranchements de ma patience, maudit crétin !
- Le sénéchal ne se fit pas prier pour quitter la luxueuse pièce. Il ferma l’huis immense avec précaution afin de ne pas faire de bruit.
Le grand homme, perdu dans ses pensées, observait l’implacable tapis vert qui se déroulait devant lui. Allait il encore avoir assez de chance pour tromper l’archange des Morts ?
Jamais il n’avait tant risqué à signer ses connivences implacables, mais cette fois ci, s’il perdait la partie, la mort lui semblerait une bien douce amie au regard de ce qui l’attendrait.
Tout à ses réflexions, il ne prêta pas assez d’attention à ce vol de corbeaux, qui s’envolait bruyamment d’une partie de la forêt plus sombre que le reste. Sans le savoir, il venait là de commettre sa seconde erreur, après celle d’avoir enlevé les filles du Baron de Valombre.

***

Seul à sa fenêtre, Jehan observe la lune pleine. Pas un nuage pour lui cacher cette belle et ronde guerrière. Il cherche, observant à travers les yeux de ses loups. La forêt est dense par ici, et les arbres décharnés semblent plus sinistres qu’à l’ordinaire.
Pas une trace dans la neige fraîche. Quelques cerfs, un chevreuil, d’autres loups, blaireaux loutres et lièvres croisent bien les sentes invisibles des deux louves blanches qui avancent au petit trot, mais pas un humain, ni même un cheval ferré. La neige crisse sous les pas chaloupés des femelles, qui se confondent avec la blancheur inhabituelle des sous bois. Le silence est absolu. Même les grands rapaces nocturnes restent nichés ce soir.
- Allez mes petites, cherchez, il faut retrouver sa trace !


***


- Ah voilà enfin la croisée des pendus, pensa Hugorne. Avec cette neige j’ai bien failli me perdre. Rien n’est vraiment pareil, rien n’est vraiment figé.
Quatre gibets croulent sous la neige. Les corps squelettiques et décharnés de quelques pendus se balancent sous le vent, dans un silence à peine troublé par le grincement des lourdes cordes de chanvre tressées. Des milliers de corbeaux jonchent les frondaisons et observent le grand homme, qui, enveloppé dans une lourde pelisse de loup, resserrée à la taille, marche à pas feutrés sous les branches basses de l’orée de cette étrange clairière. Il serre nerveusement le pommeau luisant de sa longue épée, et essaye de discerner le portail de pierre, encadré par deux chênes séculaires, sous lequel il a rendez vous. Un frisson parcourt son dos, comme un douloureux présage sur l’issu de sa terrible connivence. Rien ne bouge, il est seul, du moins lui semble t ‘il !
Le craquement d’une brindille le fait soudain sursauter.



***


Instinctivement les deux louves s’arrêtent. Une brindille ne craque pas toute seule. Oreilles dressées, museau au vent, elles essayent de décoder les messages que les vents complices apportent à leurs sens aiguisés.

Jehan trésaille, lui aussi a entendu ! Ses yeux brillent d’excitation, sa vengeance se précise !


[A SUIVRE ...]

Mille bises

Gaëlle

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MessageSujet: Re: Ombres et val (IV)   Lun 19 Déc à 20:50

il va prendre cher l'hugorne !! c'est que du bon (j'ai l'impression de me repeter un peu, mais elle me plait cette histoire ! Like a Star @ heaven )
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