Arpentes et songes

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 Non pourquoi ?

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Gaëlle
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Nombre de messages : 225
Localisation : Vercors et Brocéliande
Date d'inscription : 20/03/2005

MessageSujet: Non pourquoi ?   Jeu 29 Déc à 15:18

Juste une petite bulle au delà des apparences et des sourires de convenance.

Frivole et incertaine, la libellule aveuglée par les fastes des lampions allumés se jette, éperdue, à la conquête de ces Edens évanescents et volages. Elle se brûle les ailes à voleter si près de cet étrange ailleurs, qui l’attire irrésistiblement, alors même qu’elle sait que ceci n’est qu’un leurre, une envie folle et démesurée d’approcher ce nouvel horizon si loin des banalités de sa petite existence.

Superbe et cambrée, toute habillée de rouge, comme une rose passionnée, belle et sublimée par ses yeux pleins d’amour, elle vint un jour dans les fêtes arrosées de champagne, le long des canaux de la Seine, sur les péniches ancrées à jamais sur ces morceaux de quais, où se jettent à foison les myriades des rêves dérisoires qui hantent toujours les sens excités des jeunes filles rangées.

Belle, ingénue, superbe, tous la dévorent des yeux, regards racoleurs pleins d’envie et de jalousie, et la mare noire du stupre dessine déjà ses affres insondables dans les bulles de champagne. Elle, naïve et transie, toute à son bonheur ne fait que sourire, belle à mourir, comme aiment à le dire ces vicieux en redingotes, qui la jaugent et calculent déjà les substantiels profits qu’ils pourront en tirer. Jeune pouliche jetée en pâture aux seigneurs du vice, gants blancs et queues de pie, qui gèrent les mondes nauséeux des folies aguichantes.

Subtil tours de passe- passe, dans le pétillant nectar doré, un cachet qui se noie, juste quelques grammes d’une chimie amère, briseuse de vertu.

Le néant qui jongle dans les tourbillons éphémères et bariolés des restes de rêves qui flottent, pétales arrachés, sur un lac de champagne, au goût amer de désillusions, dans les ouates avenantes d’une parure de soie. Peu à peu les bulles éclatent en riant, dans les écrins de tes rêves, tu cherches à comprendre pourquoi tu as si mal, pourquoi ton corps ne t’appartient plus tout à fait, pourquoi du sang séché entrave tes cuisses, tes fesses, tes bras … là où se forme la pliure délicate de ta peau soignée et trop blanche.

Pareille à la libellule qui approche trop près du lampion, tu te brûles les ailes, et les sanglots douloureux qui secouent ta poitrine bleuie par les traces dégoûtantes de ces hommes qui ont foulé ton corps jusqu’à cette aube terrifiante, n’y changeront plus rien.
Tu essayes de te lever, boiseries exquises et raffinées, l’horreur a parfois un masque somptueux, et tu tombes sur l’épais tapis de laine, tes jambes ne te portent plus. La douleur lancinante qui te crève le cœur, comme des pics acérés qui griffent ton âme d’enfant, tes habits déchirés, tout imbibés de champagne, et l’odeur entêtante de la fumée des cigares, écrasés sur ta culotte de dentelle, qui jure, immaculée, dans ce douloureux brouillard, linceul de ton insouciance naïve.
La table de nuit couverte de mouchoirs en papier, carrés blancs jetables, pareils à tes émois de jouvencelle, salis par les tâches dégoûtantes de leurs orgasmes terrifiants, et ces aiguilles maculées, qui débordent du cendrier.
Tu regardes un instant ton bras, il est violet, couvert d’ecchymoses, et de trous de seringues. Tes cheveux épars et défaits glissent sur tes épaules endolories, cascades ondulées qui sentent encore le parfum des sueurs opiacées de ta nuit de débâcle, et ta tête qui tourne sans arrêt, et tes larmes qui coulent, amères et futiles, sur ton visage masqué à jamais par cette intrusion sauvage dans tes chairs ensanglantées, au goût âcre et salé de viol et de vice.
Il entre, tu ne l’aperçois qu’avec beaucoup de peines, ses yeux tristes pleurent eux aussi, dans les lancinantes griffures des brumes hallucinogènes, tu reconnais ton père, effondré, qui te prend dans ses bras, corps nu et lacéré par la folie des hommes, vie détruite par les désirs insatiables et pervers de ces nantis pleins de fric, qui font la pluie et le beau temps sur les quais de Paris, à quelques pas seulement de la place Beauvau.

Les années s’écoulent doucement, dix ans déjà, quelques lignes dans les faits divers, mais trop de blancs seings dans les arcanes des pouvoirs égarés. Quelques vies détruites, celles de tes parents, et ton frère, grimaçant à la recherche inlassable de tes violeurs, et la vie qui passe, entraînant avec elle son cortège d’indifférences. Seule et tristes, tu t’occupes aujourd’hui de celles qui en ont trop besoin, qui vivent ces drôles d’expériences et se heurtent à ces voies sans issues. Jamais plus un corps n’a effleuré le tien, même de loin, séquelles insondables d’un traumatisme enfoui au plus profond de ton cœur, là où l’âme souligne les errances de nos amours transies. Jamais plus tu n’as voulu sentir onduler tes cheveux dans ton dos, tête rasée, détresse offerte à la vue de tous ceux que tu rencontres, et tes yeux verts n’ont plus jamais brillés de cet air d’innocence, à jamais ternis par quelques râles de mâles ! Brutal !
Plus de larmes non plus, étang de tes peines asséchés et ridés comme les grands ergs du Sahel, même ton corps s’est effacé de cette vie arrachée, tu n’as plus jamais saignée, femme perdue à jamais dans les délicates alcôves de nos phobies délétères.
Pourtant, hier, alors que l’on travaille ensemble depuis plus de dix ans, tu m’as souri pour la première fois. Tu as sauvé des dizaines d’enfants de leurs propres détresses, effaçant tes peines, n’écoutant que les leurs, et tu as côtoyé des milliers de cas semblables au tien, sans jamais craquer devant eux. Abnégation sublimée, ou folie d’un oubli impossible, blessure à jamais ouverte, qui saigne toujours un peu plus. Mais ce sourire est un rayon de soleil dans la brume de tes jours, tu sais encore le faire, maintenant que le pas est franchi, s’il te plait, continue de sourire !

Pour toi et pour celles qui luttent chaque jour afin d'oublier un viol inscrit à jamais dans leurs chairs sanglantes ...


Au delà du syndrome, le viol est un marqueur indélébile, qui enferme dans une spirale sans fin jusqu'à froler les rives de l'inconsistance et de la renonciation à la vie.

Qu’ils ont lourds à soulever ces barreaux épais qui obstruent ma vie et ma douloureuse errance. Je marche dans une somnolence perpétuelle, comme endolorie, engourdie par ce froid intense qui vit dans mon ventre. Mes yeux ne sont que larmes et mes cils portent les stigmates d’un givre infini, qui ourle mon âme dans une banquise déserte et inhumaine. Je ne vois plus les sourires des gens que je croise, plus rien n’arrive encore à raviver la petite flamme qui se meurt, depuis ce fameux soir de juin, au plus profond de mon être écartelé.
Inopportune rencontre, dans un square sans réverbères, et la folie bestiale d’un homme que je croise, incapable de maîtriser ses pulsions.
Est il plus à plaindre que moi ?

Nous sommes chacun, à notre façon, en marge de la société, brisés par la banalisation de la relation amoureuse, victimes des déviances absurdes que vantent les médias, si loin des préceptes anciens où dominait encore le respect de la personne.

Le sexe n’est plus tabou, il n’est plus reclus au fond des magasins aux anodines devantures opaques des arrières cours de quelques ruelles chaudes, il est partout, s’étale et s’expose sans retenues au milieu de la ville.
Avec lui s’amenuisent les notions fondamentales de respect de l’autre, il peut s’acheter, se vend, se monnaye s’épuise au delà des concepts carcans des valeurs judéo-chrétiennes.

La libération des corps prônée par les vagues soixante-huitardes a été entendu au delà de l’entendement.
La femme s’est libérée, s’est exposée, s’est dénigrée par vindicte le plus souvent, il fallait à tout prix prouver que l’on existait.
Elle a acquis de nouveaux droits, s’est épanouie, s’est hissée lentement au même niveau que les mâles, abandonnant en même temps les égards auxquels elle pouvait prétendre … Car l’Homme n’est pas parfait, il n’associe que ce qu’il souhaite comprendre, et use de mille stratagèmes pour déformer les idéaux louables de quelques unes, en les réduisant à de tristes concepts tout empreints d’un machisme exacerbé et abjecte.

De ces années de libertés nouvelles, on ne garde que quelques idées préconçues, prétextes absurdes à des pratiques libertaires, aux fragrances de stupre. La femme idéalisée, chérie par nos aînés, n’est plus qu’une petite arriviste, qui veut les mêmes droits que les hommes, et qui entreprend de se donner une nouvelle image, branchée, facile et ouverte.
Elle veut devenir égale à ces machos en exercice, et bien, qu’elle commence à ne plus pleurer et à écarter les jambes, elle veut l’égalité, et bien qu’elle devienne aussi vulgaire que ces pochtrons imbéciles, qui lui servent de référence, si loin des idéaux louables et magnifiques, défendus par quelques érudites féministes comme ces grandes dames, que sont Simone Veil, Carmen Roméro, Mila Younès, Nawal Saadaoui, Anne Zelenski-Tristan, ou Simone de Beauvoir par exemple.

De cette perte de respect, naît indubitablement une perte de repères, et les hommes malades de cette société trop permissive, rejettent chaque jour plus loin les limites de leurs propres morales, incendiés par leurs désirs grandissants, indomptables et brûlants, avivés par les innombrables visions de sexes, offertes chaque jour à l’œil attentif.

Avant d’être une femme, nous ne sommes plus, à leurs yeux malades, qu’un sexe ouvert et accueillant, sans tabous, sans morale, sans souffrance, juste un reflet rutilant des paillettes amorales générées par cette drôle de société déjantée et absurde.

Corps offerts aux tabloïdes, affichés sans honte dans les rues de nos villes, sexes offerts et humides jetés en pâture aux objectifs de tout poil, sur les centaines de chaînes télévisuelles, et sur les grands écrans des complexes cinématographiques. La nature même de notre essence de femme disparaît, noyée dans les vagues de la concupiscence ambiante, tolérée et encouragée.

Alors que faire ?

Je marche anodine dans mes vêtements trop amples qui voilent volontairement, toutes traces de ma féminité. Trop de risques à paraître femme, dans ce monde de brutes, trop de folies latentes, qui hantent mes peurs et emprisonnent mes jours.

Chaque jour la presse gourmande, relate des centaines de viols, dans les beaux quartiers, dans les parcs, les jardins, les transports publics, dans les hôpitaux, les caves les cités, les entreprises, autant de corps disloqués, autant de vies gâchées, autant de femmes bafouées au nom d’une morale trop permissive, trop absurde, trop décalée.

Pire, lorsque certaines d’entre elles ont le courage d’aller devant les juges, les avocats rigolards, leurs demandent pourquoi s’étaient elles habillées en mini jupes ?
Tentatrices, jusqu’au bout de nos accessoires de mode, nous avons encore le mauvais rôle, alors que ricanent les accusés, tout pleins de fiels et de morgues aux relents écoeurants de machisme.
Alors on meurt une seconde fois, lorsqu’ils sortent en riant, libres et pédants, nous laissant détruites dans nos chairs et dans nos âmes, et on se remet en cause, on s’accuse, marquée à jamais par les stigmates de femmes violées, de femmes faciles, de tentatrices.
Eux, contents et ventripotents, sortent des palais de cette drôle de justice en rotant d’aise, aux bras de leurs épouses qui nous regardent comme de vraies salopes, destructrices de foyers catholiques pratiquants, vipères assoiffées de sexe, évoluant dans les bas fonds de ces villes trop propres, aux avenues larges et aux places d’églises balayées et fleuries.

Pourtant je ne veux rien d’autre qu’un respect qui me semble légitime, exister en tant que femme, avec les égards qui me sont dus en tant qu’Être Humain à part entière, je veux pouvoir m’habiller comme je l’entends, sans que quelques machos déjantés se permettent de se servir de mon corps sans mon consentement. Je veux être reconnue comme individu, parce que j’y ai droit moi aussi, et si certaines d’entre nous font le choix de se livrer nues, en pâture à la presse affriolante, je ne veux pas que ces images suggestives engendrent l’abnégation de nos droits au respect de l’intégrité de nos corps et de notre féminité.

Est ce si difficile à comprendre ?
Nous ne sommes pas des poupées gonflables, nous ne sommes pas des houris, ni des hétaïres soumises, non, nous sommes des femmes, nous voulons vivre pleinement notre féminité, sans risquer de nous faire agresser par quelques déviants soit disant branchés et machos.

Je regarde passer les gens, ils ne me voient plus, je ne suis plus qu’une ombre insignifiante, ma vie s’est arrêtée un soir de juin, forcée, humiliée, abusée, déchiquetée, brisée … violée !

Depuis je me suis fermée au autres, au monde tout entier, repliée en mes chairs sanguinolentes, balafrées, déchirées. Malgré tous ses efforts, même mon amour est parti, meurtri, anéanti. Je lui refusais tout contact, même une caresse irradiait mes chairs et rouvrait mes plaies. Depuis je suis seule, égrenant mon malheur, juste encore un peu vivante, juste au dessus du vide, faisant de l’équilibre sur le fil de ma vie, prête à sombrer dans la folie.

Pour un instant volé, toute une vie brisée, je suis une fille violée !

Mille bises

Gaëlle

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