Arpentes et songes

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 Le violet est toujours fait de rouge sang !

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Gaëlle
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Nombre de messages : 225
Localisation : Vercors et Brocéliande
Date d'inscription : 20/03/2005

MessageSujet: Le violet est toujours fait de rouge sang !   Lun 28 Nov à 23:17



Au delà des maux il y a des détresses, et parfois les mots seuls, ont le pouvoir d'atténuer ces douleurs profondes et insondables !


Quinze ans, c’est l’âge sublime, surtout pour une petite fille qui voit son corps changer, et épouser les formes dont il s’étoffera pour de nombreuses années.
Quinze ans, c’est un âge charmant, on fait de l’équilibre sur le fil de nos jours, tantôt enfant, perdue dans les rêves exotiques de nos histoires merveilleuses, tantôt femme !
On se prend à se regarder autrement dans le miroir complice, essayant les crèmes des grandes, ourlant nos yeux trop purs d’enfants, de couleurs pleines de paillettes, pareils à ces stars de papier glacé.
Peu à peu, par petites touches, on change d’attitude, on se découvre autrement, on s’habille de plus en plus comme ces belles jeunes femmes, qui nous font rêver, et dont les posters illuminent les murs secrets de nos alcôves intimes. Les souliers vernis s’effilent et se hissent offrant au regard une cheville parfaite, galbée, cambrée soignée, à des lieues de nos baskets d’avant.
On préfère sortir de jolies jupes, moulantes, courtes et seyantes, qui attirent l’œil coquin de nos amis, ou des grands qui jusque là ne nous regardaient même pas, on sourit lorsque notre vieux voisin ronchon, s’écarte gentiment pour nous faire monter devant lui l’escalier trop raide, afin de plonger son regard d’aïeul, dans les souvenirs extatiques de ses vertes années. On grimpe encore plus vite la raide ascension, deux marches à la fois, écartant nos jambes fines et offertes à la vue brouillée de ce vieil homme.
On raccourcit nos vestes, découvrant nos nombrils effrontés, rehaussés des quelques gemmes factices étincelantes du piercing que l’on s’est fait l’été dernier.
On devient irrésistible, on chavire les regards, et même les jeunes mères de famille nous surveillent du coin de l’œil, nous découvrant soudain comme des tentatrices, qui risquent de venir pervertir leur paradis du moment.
Peu à peu on jubile, on apprivoise ce corps et le regard nouveau qu’il révèle à ceux qui nous rencontrent.
Mais le décalage devient de plus en plus grand, faille intemporelle qui masque les mondes, l’ambivalence absurde de deux extrêmes qui semble caracoler de concert, alors qu’ils ne font que s’éloigner l’un de l’autre.
Jubilation naïve, découverte de son corps et de l’attrait qu’il produit, aux frontières invisibles du stupre et des viles folies de quelques hommes de passage.
Je voulais qu’ils me voient, qu’ils m’acceptent, qu’ils me parlent, qu’ils m’invitent à leurs côtés, je voulais être des leurs, à mille lieues de mes leurres … malheur !
Pour me rendre agréable j’acceptais qu’ils me touchent, je sentais vivre mon corps sous leurs caresses précises, je sentais monter leurs désirs, et je me croyais la plus belle. Ils riaient, ils venaient me chercher, ils m’acceptaient enfin, et ma cité se paraît soudain des mille lampions de mes mille candeurs.
Je n’avais plus mes amies, elles me mettaient en garde sans relâche, mais je ne les entendais déjà plus, prenant leurs avisés conseils pour de la jalousie malsaine, et je sombrais doucement dans les turpitudes masquées de mon inconscience, encore toute ourlée de cette si belle enfance.
Puis un jour, il faisait nuit, quelques lumières éclairaient encore les trottoirs blafards de ma cité, je les ai suivi, je savais ce qu’ils me voulaient, mais je pensais encore pouvoir maîtriser leurs ardeurs et jouer de ma superbe, acerbe !
Quelques spots, une cave et un vieux matelas sanglé sur une table, ils rient et boivent, m’offrant de partager leurs canettes de métal.
Quelques joints qui circulent et qui attachent sans bruit ma destinée à venir, sans avenir !
Je ne sais plus trop ce qu’ils m’ont fait boire, la chaleur soudaine, les errances titubantes de mes amours balbutiantes, et ces mains qui se glissent sous mes vêtements, et ces pièces de tissus qui jonchent le sol.
Une peur lointaine, ténue, nimbée dans les volutes opiacées de mes derniers esprits atones, le contact de leurs chairs, brûlantes de désirs, et la violence soudaine de leurs assauts répétés, tuméfiant mes calices soyeux, sauvagement brutalisés, déflorés sans la moindre affection, mécaniquement, presque sans bruit, et cette sourde langueur et le sang qui frappe mes tempes, je ne sais pas combien ils sont, sensations confuses, absurdes, si loin de ces perles de rêves, esquissées, idéalisées, qui éclatent comme des bulles de savon noir.
Pas de sourires, pas un mot tendre, pas une caresse, rien que des regards froids, des gestes précis, sans brutalité excessive, une danse macabre qui tournoie tout autour de moi, et ces corps dénudés qui défilent, ces corps d’hommes, qui m’avaient tant intrigués, tous semblables, tous mus par ces saccades puissantes, qui viennent heurter mes plus intimes parois, au plus profond de mon être, et je n’existe pas.
Staccatos initiatiques qui durent des heures, je ne me plains pas, les larmes ont laissé des balafres noires sur mes joues maculées, je subis encore et encore leurs assauts déchaînés, je n’ai pas la moindre idée de combien ils étaient, peut être dix, peut être plus, rejoints en chemin par ceux qui viennent profiter de la jeune pute, celle qui croyait encore à quelques rêves, princes charmants habillés de noir, crapauds hideux batifolant dans une cave sordide, et personne pour venir à mon secours.
Puis peu à peu leur vitalité semble s’essouffler à son tour, encore quelques coups qui irradient mes chairs déjà mortes, et puis le rire aigu de ces mâles énervés, tout juste repus, qui n’osent même pas me toucher de peur de se salir. Ils s’éloignent doucement, rajustant leurs fringues dans le claquement de leurs boucles de ceintures.
- Si tu parles, je te crève !
- T’es quand même une bonne salope, on se reverra sûrement pouffiasse. Nettoie bien la chambre pour la prochaine fois !
Quelques heurts qui hurlent encore dans mes oreilles noyées de honte, sous le battement saccadé de mon cœur qui agitent mes tempes, et le sang de mon innocence qui macule mes jambes, mes fesses et mon bas ventre. Le goût amer de mes rêves brisés, qui glace ma langue sèche et brûle mes lèvres tuméfiées.
J’essaye de me relever, la douleur est immense, à l’unisson de ma détresse, mes mains poisseuses attrapent mes habits souillés que j’essaye de remettre, tant bien que mal. Perdue, je déambule dans les couloirs de ma cité, me cachant dès que j’entends des rires ou d’autres gens, je regagne mon palier, je m’enferme dans la salle de bain, et durant de longues heures, je tache de me décrasser, mais la mission est impossible, je suis salie de l’intérieur, et mon âme blessée demeure à jamais brisée.
A l’aube, je reprends le chemin de mes études, je n’ai rien dit à mes parents, je ne me suis confiée à personne, vivant, solitaire, les affres cinglantes de mes amères déchirures.
Dans la cour les grands s’attardent sur mon corps, dissimulé au mieux par un grand pull difforme, et un pantalon trop large. Certains sourient, je pense qu’ils savent pourquoi, je les imagine fouillant mon corps sans aucun souvenir, et je pleure encore et encore.
Les bruits vont vites dans les cités, mes anciennes amies me traitent de pute, et les grands m’invitent à venir les voir dans la cave, avec ma sœur si possible.
Je ne fais que m’enliser d’avantage, errant dans ma solitude, exécrant mon corps épanoui de femme, regrettant intensément mes années d’avant, alors que je n’intéressais personne.
Et puis le doute qui s’immisce tout au fond de moi, certains n’avaient pas de protections, et si j’étais enceinte, et si je devenais séropositive ?
Tout se brouille, je perds mes repères, je veux crier ma révolte, mais il n’y a personne pour m’entendre. Seule, diabolisée, isolée, je meurs devant tout ces gens qui me voient et me huent.
Un soir, je rentre de l’école, et, comme par accident, je pousse la porte d’une petite association de quartier, elle n’a pas pignon sur rue, non, elle ne fait que gérer les conflits et aider les gens qui osent entrer dans ce salon tout empli d’humilité.
Là, une écoute attentive, des rires, et ces regards qui ne me jugent pas. Elle est là, juste pour moi, m’apprivoisant doucement, comme le renard et le petit prince, de mes sombres rues.
Peu à peu je prends confiance, je lui parle essayant de voiler mes maux par des mots moins durs, prétextant que ce n’est pas pour moi, mais pour une amie, qui n’ose plus sortir.
Elle ne dit rien, m’écoute simplement.
Je vois qu’elle a déjà tout compris, je laisse parler ma honte, et je m’effondre, déballant tout ce que je cache, je n’oublie rien, je veux qu’elle sache tout, qu’elle comprenne enfin ma haine, et je finis par me taire, terrassée !
Elle connaît les mots qui font du bien, elle m’apaise, reformule mon malheur, et m’oblige à regarder en face, ce que je veux tant me cacher. J’ai envie de sourire, un vrai sourire, qui vient de loin, aux frontières de mon âme en transit.
Elle s’occupe de tout, fait les démarches qui me semblent déshonorantes, et m’accompagne chez le médecin, chez ma gynéco et au test du sida. Rien ne filtre, elle n’en parle à personne, c’est un secret entre elle et moi, un secret enfin partagé !
Au delà de mes peurs, je signe ces drôles d’aveux devant ces hommes en bleu.
Là encore, son épaule fidèle m’offre cet appui dont j’ai tant besoin aujourd’hui.
Je fais mon chemin sur les sentes étiolées de mes douleurs, pas une fois elle ne m’a jugée, ce que moi, j’avais pourtant déjà fait.
Au fil du temps, sous la pute renaît la jeune fille, meurtrie, certes, mais s’ouvrant à nouveau au monde, aux autres, à ceux qui ont parfois à affronter de douloureux sentiers, dont ils se sentent si souvent prisonniers !
Depuis je vais à la fac, j’ai quitté mon quartier, personne n’a été arrêté, je ne me souviens même pas de ceux qui m’ont abusée. Mes parents refusent de me voir, je suis la honte de ma famille, disloquée par les aléas de cette errance dont je ne maîtrise plus rien.
Qu’à cela ne tienne, je suis là pour aider ceux qui en ont encore besoin, j’ai rejoints une autre association de quartier, je travaille comme elle, et je me sens mieux, utile, enfin !
Elle, elle m’appelle encore, souvent, pour savoir si je tiens le coup, et je veux lui montrer, que son écoute peut sauver quelques filles happées trop jeunes par une vie débile à laquelle elles ne sont pas préparées.
Je n’ai jamais plus senti la main d’un homme effleurer ma peau à jamais souillée. Je n’ai plus jamais mis de mini jupes, et je cache encore, par réflexe, mon agréable silhouette. Je me lave plusieurs fois par jour, sans jamais arriver à me sentir propre, mais j’ai jeté le tube de comprimés que je gardais avec moi, ultime bouée pour échapper aux flots tumultueux de mes remords amers. Aujourd’hui un courrier m’informe que je n’ai pas de maladies, et pour la première fois depuis longtemps, je trouve que j’ai quand même de la chance !

Si tu te trouves dans une situation similaire, il faut que tu en parles !
Il en va de ta vie !
N’hésite pas à pousser la porte d’une structure amie !
Il en est ainsi dans la vie !

Toi aussi tu peux aider ceux qui sont dans la détresse, il suffit de leur prêter une oreille attentive et de trouver les mots qui vaincront leurs maux !
Courage !

Mille mercis

Mille bises

Gaëlle

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