Arpentes et songes

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 A propos d'un ADD on line extraordinaire ...

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Gaëlle
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Date d'inscription : 20/03/2005

MessageSujet: A propos d'un ADD on line extraordinaire ...   Jeu 17 Nov à 14:49

Kikou vous,

Dans une partie endiablée on line, je joue une barde quêteuse de chant, Aasimar, qui se retrouve à mille lieues de sa forêt d'origine, où elle a laissé ses louves blanches, parachutée dans un autre plan, au sein duquel elle rencontre deux autres femmes, dont elle tombe éperdument amoureuse de l'une d'entre elle, qu'elle considère comme sa soeur.
Mara, [jouée par Scap, qui est un des amis de notre petit salon], humaine et tueuses à gage, n'a jamais pu oublier les mauvais traitement qu'on lui avait infligés lors de sa jeunesse, aussi a t elle un dégoût véritable et féroce pour les gens, quels qu'ils soient.
Ainsi son métier ne lui donne pas d'état d'âme, elle tue, se fait payer et continue sa vie d'errance, solitaire et glacée.
Puis c'est la rencontre avec Brume, une attirance réelle, un réconfort esquissé, une fuite éperdue vers la reconnaissance de son âme, dans une confiance aveugle, si difficile à donner en ce monde égoïste et brutal, calqué sur la société médiévale pure et dure (pour ceux qui ne connaissent pas le Jeu de rôle).
Merveilleuse rencontre, pleine de touchantes révélations, et l'ouverture de deux coeurs, deux âmes transies, apeurées et perdues, qui retrouvent un semblant d'ailleurs, précieux et rare, une osmose parfaite, qui comble cette absence récurrente qui glaçait un peu plus chaque jour, leurs errances solitaires.

Au delà de la magie de cette rencontre, l'aventure nous entraîne, impassible, dans les flots agités de la vie, loin de toutes considérations d'ordre philosophique sur la place de l'Homme et le respect de la vie.

Tiraillée par son existence absurde, Brume se retrouve soudain confrontée à l'amour absolu, submergée par cette force colossale dont elle n'avait même pas idée, elle découvre de nouveaux préceptes qui changent peu à peu sa façon de voir les choses. Elle, qui sur les ordres de son père, couchait avec les voyageurs aisés qui s'arrêtaient dans l'auberge familiale, afin de les tuer dans la nuit pour que son père s'enrichisse, n'a plus aucun rapport avec l'amour, à l'exception de ses deux louves blanches, qu'elle retrouve dès qu'elle le peut, dans les bois des Brumes, tout proches de la maison paternelle.

Peu à peu, dans ce plan glacé, elle prend conscience d'une autre dimension de la vie, et dialogue avec son coeur, son âme, qu'elle découvre et se voit ainsi tiraillée avec la folie meurtrière dans laquelle l'entraîne l'aventure, menée de mains de maître, par Aégis [Un autre de nos amis en ces lieux de toile]...

Je vous livre un extrait, lorsque Brume comprend pour la première fois, qu'elle devient une tueuse à gage .....

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[Brume aux Loups]
De simples tueuses à gages, voilà ce que nous sommes devenues !
Je ne dis rien, je ne trahis rien de mon désappointement sur les traits lisses de mon visage. Seuls mes yeux risquent de trahir de manière fugace, cette terrible désillusion qui vient de traverser mon esprit.

Je n’ai jamais été payée pour tuer quelqu’un, je tuais, certes, trop à mon goût bien sûr, car tout au fond de moi, je sais que la vie se doit d’être respectée, qu’elle est intrinsèquement précieuse, mais là, cela dépasse mon entendement.

Pourtant je n’en veux nullement à Mara, je comprends ce qu’elle a endurée depuis si longtemps, je l’aime, c’est ma sœur, je serai toujours avec elle, mais s’il existe une seule chance d’épargner ses prochaines victimes, je tenterais l’impossible, pour les écarter du trépas impassible de sa faux.
Je n’aime pas les usuriers, je n’aime pas les marchands, ils sont fourbes, nauséeux, puants.
Au delà de mes introspections métaphysiques, je me remets à surveiller la porte, la rue, et cet individu, par lequel le Gith nous observait tout à l’heure.

Je ne peux m’empêcher de plonger dans mes songes, landes enneigées, courant avec mes louves, tombant dans la neige poudreuse, et mes amies qui se jetaient sur moi, m’inondant de léchouilles généreuses. Que de joie, que d’authenticité, à des milliers de lieues de cette mission glauque et absurde.
Elles me manquent.
Où sont elles, m’attendent elles encore ?
Mon départ précipité vers cet autre univers sans avoir eu le temps de les prévenir, a du être un immense chagrin pour mes compagnes.
Souvent j’entends encore leurs cris langoureux, longs trémolos perdus sous les étoiles de mes peurs intimes, au delà du linceul de mes épitaphes lunaires.

Mara, elle est belle, je l’aime, comme mes louves.
Un jour je les lui montrerais. Elles l’adopteront comme leur sœur, j’en suis persuadée, un jour, dans combien de temps ?

La vitrine s’estompe lentement, mon esprit vacille, comme une chandelle subjuguée et saisie par le froid soudain, qui l’entoure.
Deux yeux glacés, deux yeux de loups qui me fixent sans ciller.

Loin, très loin, venue du fond des âges, je reconnais cette voix …

- N’abdiques pas petite fille, ton destin n’est pas sur notre monde, ne baisses pas les bras, fixes ton regard vers ton avenir, car ton passé ne t’appartient déjà plus ! Fais le ! Sois digne de tes sœurs … Fais le !

Vieille femme hirsute et effrayante, qui hantait les sous bois de mes toutes jeunes années, qui m’avait recueillie, et soignée alors que je n’étais plus que chair tuméfiée et sanguinolente, rouée de coups par un client de mon père, mécontent de ma piètre compagnie à son égard.

Elle m’avait donné, le seul cadeau que l’on ne m’ai jamais fait : deux louveteaux rejetés par leur mère, qui ne comprenait pas qu’ils puissent être blancs, et sur lesquels elle avait patiemment veillés, jusqu’à ce qu’ils n’aient plus besoin de lait pour s’alimenter.

- Tiens ma fille se sont tes soeurs, n’oublies pas, chaque être a sa place dans ce monde, et il ne faut pas lui ôter sa chance sans raison. Nous pouvons tous nous racheter, si tenté soit il que l’on nous en donne le temps ! N’oublies jamais cela Brume, il en est ainsi pour chaque chose !

Je n’avais plus repensé à ses conseils depuis la nuit des temps, aveuglée par ma vengeance, je ne me suis jamais retrouvée dans ses propos, mais aujourd’hui, j’aime Mara, je sais qu’elle est ainsi, son destin funeste l’emprisonne dans ces tourments sans fins, mais je voudrais tant l’aider, l’obliger à quitter ce masque terrifiant qu’elle se doit de revêtir, afin de prendre toute sa place de tueuse, dans cette société étrange et convenue.
Cette lutte entre mes sentiments me fait repenser à ces propos anciens, que m’avait offerts la seule personne qui ne m’ait jamais donné quelque chose de façon désintéressée.

Quel étrange destin !
Faut il que je sois ici, sur cet autre plan, pour comprendre ce que mon esprit buté n’a pas su découvrir ailleurs ?

A moins que Mara ne me fasse découvrir la face cachée de mon cœur, comme cette lune ronde, qui ne se montre jamais tout à fait, gardant ses mystères pour ceux qui l’accompagnent ?

Aux confins dérisoires de mes secrètes errances, je sais au plus profond de mon âme, que je ne serai jamais une tueuse à gage, et que seuls ceux qui attenteront à ma vie ou à celles de mes compagnes d’infortune, subiront le courroux de ma ire.

Lentement je retrouve l’échoppe du marchand, je regarde à nouveau au travers de la vitre, et j’entends les derniers conciliabules de mes amies en affaire.

Quel étrange voyage immobile et lointain. Il me laissera à jamais un goût amer dans le cœur. Mais une chose est sûre maintenant, quoi qu’elle fasse, Mara restera ma soeur en mon cœur !


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Mille bises

Gaëlle

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MessageSujet: Re: A propos d'un ADD on line extraordinaire ...   Mer 23 Nov à 9:50

Voici l'histoire de présentation de Mara que j'ai envoyé au Md pour voir s'il était d'accord avec le concept du personnage... Même si tu ne l'as pas eu Gaëlle, il n'y a rien de "très secret" dans ce qui suit.


L’homme s’appuya ostensiblement sur le dossier de son fauteuil et porta délicatement son verre de vin à ses lèvres, afin d’en boire une courte lampée. Avec un peu de recul, il pouvait encore plus savourer la superbe jeune femme qui s’affichait devant lui, embellie par l’éclairage vacillant de la bougie flottant dans un vase teinté. Il comprenait aisément l’attrait des jeunes couples pour cet endroit, les lumières tamisées renforçant le romantisme de rendez-vous amoureux. Visiblement, elle était mal à l’aise dans cette taverne pour nantis. Si les autres clients ne pouvaient pas lire son trouble dans la sombre alcôve qu’ils occupaient tous deux, Diark Merkis avait toute latitude pour remarquer des signes de sa crispation : sa mâchoire nouée, sa manière de triturer ses doigts ou de sans cesse repositionner ses mains sur la table, comme si c’est avant-bras étaient devenus des excroissances gênantes, inutiles. La jeune femme portait un justaucorps de soie brunâtre et une longue jupe droite, fendue sur tout le côté droit. Elle avait croisé ses jambes élégamment et il fallu beaucoup de sang-froid à Diark pour éviter de caresser ses cuisses longues et bronzées ou pour détourner son regard de cette incitation à la luxure. Elle ne portait pas de chausses, une simple chaîne d’or décorait sa cheville droite qu’elle agitait de temps en temps d’une oscillation de son pied. Elle le regardait de ses grands yeux verts émeraude, semblant l’inciter à prendre la parole pour rompre le silence pesant qui régnait à leur table. Diark décida de prendre son temps avant d’entamer la conversation, heureux de la maintenir dans un état de nervosité, lui donnant l’impression de la tenir entre ces mains, à sa merci. Cette vile pensée mesquine lui décrocha un sourire, que la jeune femme lui rendit maladroitement, spéculant qu’il tentait de se montrer aimable. Elle rejeta en arrière ses longs cheveux bruns bouclés, dévoilant un tatouage noir en forme de scorpion sur son épaule droite.

- Vous savez, ce tatouage me fait penser à une histoire, finit-il par lâcher d’une voix légère et agréable.

Diark observa les réactions de la jeune femme. Comme il s’y attendait, elle ne répondit pas, se contentant d’une moue. « Soit belle et tais-toi » pensa t-il intérieurement.

- Elle se passe à Scarve. Je suppose que vous devez avoir entendu parler de ce désert sans fin aux conditions de vie exécrables. Il y a beaucoup de rumeurs concernant cet endroit, et je dois l’avouer à contre cœur, trop sont réelles. Les pillards sans foi ni loi, le climat empêchant toute vie, la guerre de l’eau, les monstres se terrant dans le sable, tout ce que vous avez pu entendre sur ces sujets est malheureusement vrai.

Diark observait la jeune femme du coin de l’œil, verre à la main, tout en faisant semblant de scruter la salle et les quelques consommateurs qui s’y trouvaient. La jeune femme semblait inquiète, presque désemparée. A sa merci, pensa Diark, satisfait de son petit effet…

- On raconte bien des histoires sinistres sur Scarve. Mais une, plus particulièrement, a retenu mon attention. C’est l’histoire d’une jeune femme, dénommée Mara. On raconte partout qu’elle est la fille d’un grand chef pillard, mais cette assertion est fausse, comme beaucoup d’autres la concernant. La crainte que la jeune femme inspire a fait naître bien des légendes et les exactions qu’elle a commises, des vols en passant par des meurtres de sang-froid, sont sorties du contexte, si bien qu’on la juge trop souvent comme une femme irascible et sans cœur. Mais, lorsque vous aurez entendu son histoire, peut-être éprouverez-vous de la pitié pour cette jeune femme et vous pourriez, si ce n’est la pardonner, au moins la comprendre…


* * *

Mara était assise dans la tente de son père. Du haut de ces 14 printemps, elle était une grande et belle jeune fille, jeune femme prête à enfanter aurait dit les hommes du campement, si son père n’était pas là pour les tenir à l’écart par des regards appuyés. Elle farfouillait, comme à son habitude lorsque le soleil était à son zénith et que la température à l’extérieur insupportable, dans les affaires de sa mère, que son père gardait scrupuleusement depuis son décès. En fait, il mettait dans ce vieux coffre en bois, ferré de bronze, toutes les affaires importantes à ses yeux. Elles n’avaient en soi aucune valeur pécuniaire, mais pourtant son père, si rude et austère d’apparence, s’obstinait à transporter ce lourd fardeau avec eux. Mara n’avait jamais connu sa mère. Le désert lui avait pris lorsqu’elle avait 3 ans, un Ashorn piqueur ayant surgit des sables et l’ayant emporté une nuit alors qu’elle s’était éloignée du camp. Son père ne parlait jamais de sa mère, pas plus qu’il n’aimait qu’on l’évoque devant lui. Pourtant, Mara l’entendait pleurer et l’appeler certaines nuits. Mais Scarve n’avait que faire des lamentations de ceux qui restaient en vie. Le désert se contentait de prendre et de donner, sans discernement. Mara avait appris, parmi les nomades, à se méfier du désert, à le dompter, à le cajoler. Si elle était attentive et pure, peut-être que le désert l’épargnerait suffisamment longtemps pour qu’elle connaisse l’amour, pour qu’elle connaisse la joie d’être mère. Il ne fallait pas demander beaucoup plus à Scarve. La vie, que les autres peuples considèrent comme un droit, est ici appelée chance…

Mara finit par s’intéresser à une robe. Elle se leva, la déplia et la plaça contre son corps, pour voir comment elle lui allait. Elle était un peu trop grande mais plus de beaucoup. Il faut dire que Mara avait hérité de la stature de son père, élancée mais musculeuse.
- Elle te va bien, je trouve.
Mara sursauta et lâcha la robe en poussant un petit cri. Son père se tenait sur le seuil de la tente et dénouait son turban bleu. Elle savait que son père n’aimait pas qu’elle touche au coffre, encore moins à son contenu, mais aujourd’hui, elle le sentait de bonne humeur.
- Viens par ici, dit-il. Viens te regarder.
Il sortit de son sac un morceau de tissu enveloppant un objet. Il le déplia soigneusement, révélant une curieuse lame courbe et large, sans manche. Il ramassa la robe (Mara n’avait toujours pas bougé, tétanisée par l’appréhension), lui rendit pour finir par se placer dans son dos. Son père passa son bras par-dessus son épaule et orienta la lame de telle sorte à ce qu’elle puisse se voir. Elle aurait été jolie dans une telle tenue, mais déjà Mara pensait à autre chose.
- Père, qu’est ce que cet objet ? demanda-t-elle, candide.
- Une lame de faux. Un objet qui appartenait à notre famille avant le cataclysme, lorsque Scarve était une contrée verte et chatoyante. Lors que l’herbe poussait si haut qu’il fallait la couper pour qu’elle n’envahisse pas les maisons. Lorsque les arbres n’avaient pas d’épines, mais des feuilles et des fruits. Lorsque les hommes vivaient du produit des terres et des bêtes et non pas lorsqu’ils vivaient comme des animaux. Lorsque les voisins se saluaient en souriant plutôt que de se tuer pour de l’eau. Lorsque la vie était simple et belle pour tous et non lorsqu’elle vous prend …
Il ne termina pas sa phrase. Mara serra instinctivement le bras de son père pour le réconforter. Mais rapidement, comme si son amour pouvait être la pire des futures blessures, son père dégagea son bras et partit en direction de sa couche. Sans un mot.

Peut-être que si Mara avait respecté les règles du désert, peut-être que si elle n’avait fait de la peine à son père, peut-être qu’il aurait entendu plus tôt les bruits de lutte... S’il s’était réveillé ne serait-ce qu’une seconde plus tôt, les pillards n’auraient pas eu le temps de l’abattre. Le désert donnait, le désert prenait. Tel était la vie à Scarve…


* * *

Diark regarde sa douce compagne. Son regard était vide, il lisait maintenant la peur dans ces yeux. Il sirota son vin, tirant une profonde jouissance de la situation.
- J’aimerais vous dire qu’elle n’a pas été capturée par le Sultan, un magicien maléfique et sans scrupules. J’aimerais vous dire qu’elle s’est tellement bien défendue qu’ils la laissèrent saine et sauve. J’aimerais vous dire qu’elle n’a pas été violée, battue, humiliée, torturée pendant toutes ces années. J’aimerais vous dire qu’elle trouva, même dans ces plus sombres moments, du réconfort auprès d’une personne à l’âme charitable. Mais Mara a vécu un véritable enfer pendant les 5 années qui ont suivies la mort de son père…

* * *

Mara recracha avec dédain le sexe du Sultan sur le sol, le goût du sang semblant atténuer la douleur laissée par le fouet de l’énorme mage adipeux, sinistre rituel qu’il appelait la « préparation ». Il gisait à quelques pas de là, torse nu, les deux mains plaquées sur son entrejambe, tentant d’arrêter le flot de sang qui s’échappait de sa blessure. Il suait encore plus qu’à son habitude, mais Mara ne le remarqua même pas, habituée qu’elle était à sentir son odeur écoeurante sur son corps. Elle se releva dans un rictus de satisfaction, s’approcha rapidement du porc qui gisait au sol et lui porta un violent coup de pied au visage. Elle avait appris à ses dépends que l’homme était plein de ressources et que sa magie était redoutable et redoutée. Une fois, d’un geste de la main, il lui avait démis l’épaule, avant de la prendre brutalement et s’était amusé à lui tordre le bras dans différentes postures. Elle n’avait pas oublié cette leçon, comme toutes les autres d’ailleurs. Elle se rappelait aussi la fois où il l’avait jeté dans un puit rempli de scorpions et comment il se délectait de la voir tressaillir à chaque piqûre. Elle ne se rappelait plus du nombre de fois où elle aurait aimé mourir que de continuer ainsi, oscillant sans cesse entre désespoir, rage, haine et honte. Le sultan poussa un gémissement. Mara, qui jusqu’alors se tenait tremblante à ses côtés, absorbée par des pensées funestes, sortit de sa semi torpeur. Elle saisit une vasque dorée qui traînait sur la table et enjamba l’homme. Elle souleva la vasque à deux mains et lui asséna un violent coup sur la tête, se servant du bord comme d’une lame tranchante. Du sang gicla sur son front et elle continua à frapper, pris d’une soudaine frénésie, jusqu’à ce que sa tête ne soit plus que de la bouillie… Chaque coup qu’elle lui portait paraissait la soulager de sa souffrance.

Le spectacle qu’elle offrit aux gardes lorsqu’ils arrivèrent pour porter secours au Sultan était stupéfiant. Elle était nue, à califourchon sur son « maître », couvert de sang de la tête au pied, riant aux éclats, proche de la folie. Si les gardes ne la connaissaient pas depuis longtemps, ils l’auraient pris pour un démon. Mais ils se contentèrent de lui porter un lourd coup de pommeau à la tempe qui la projeta au sol. Elle ne cessa pas de rire pour autant. Elle savait qu’elle était perdue, mais elle mourrait heureuse…

Les hommes du Sultan hésitèrent longtemps sur son sort. Certains voulaient lui arracher dents, langue, yeux, la défigurer définitivement. D’autres envisagèrent de l’abandonner dans le désert. Mais finalement, ils optèrent pour la vendre au marché aux esclaves. Si mal nourrie qu’elle était, elle n’en demeurait pas moins une superbe créature, représentant un bon prix, peut-être 2 à 3 chameaux. Elle fut donc battue pour la forme, enchaînée avec d’autres esclaves et conduite à travers le désert en direction de Al Ryhad, la cité des esclaves. La chaleur était accablante, le sable brûlant leurs pieds nus. Ils marchaient tels des zombies dans le désert, les lourdes chaînes qui entravaient leurs mouvements, lorsqu’elles ne les faisait pas trébucher et tomber, accroissaient la sensation de soif et de fatigue. Lorsqu’un esclave mourrait, on arrêtait la sinistre procession, libérait le corps du malheureux et l’abandonnait aux bons soins des charognards qui planaient au dessus de leur convoi. La volonté et la hargne de Mara s’étaient évanouies avec la mort du Sultan. Elle n’avait plus la force de continuer, d’ailleurs dans quel but ? Pour servir un autre maître malfaisant ? Finalement, la mort était peut-être la seule délivrance qui l’attendait. Mourir ici dans le désert. Nourrir de sa chair et son sang quelque chasseur ou prédateur. Tel était le cycle de la vie à Scarve. Elle se laissa tomber sur le sol, décidée que son destin était tracé, inaliénable. La vieille femme qui la suivait tenta de la relever, avant qu’un cinglant coup de fouet ne la remette dans le rang. Le garde descendit de sa monture et s’approcha de Mara avant de la frapper à plusieurs reprises pour qu’elle se remette en route. Mais, malgré les coups douloureux et cinglants, Mara ne se releva pas. Elle s’abandonna complètement au désert. Le sable chaud lui rappelait son père lorsqu’il la serrait dans ces bras. Elle sentait sa présence, dans le sol, elle sentait qu’il l’appelait. Elle apercevait sa silhouette qui se découpait dans le soleil couchant, l’attendant aux côtés de sa mère. Elle ne prêta pas attention aux pillards qui approchaient. Elle n’entendit pas le court combat, ni la fuite des gardes abandonnant les esclaves. Elle poussa juste un gémissement lorsque l’on l’arracha à ses parents, lorsqu’on la souleva de terre pour l’emmener au loin…


* * *

- Quelle ironie, n’est ce pas ? Mara était décidée à mourir. Si la providence, qui l’avait jusqu’alors abandonnée, n’était pas intervenue, la terrible Mara n’aurait pas eu l’occasion de répandre mort et désolation à son tour, créant autant d’injustices qu’elle en avait subies. Le destin prend parfois des tournures bien étranges…
Diark souriait, comme s’il venait de raconter une histoire particulièrement drôle. Mais la jeune femme ne semblait pas trouver le récit aussi fascinant que lui. Son regard s’était assombri. Il enchaîna rapidement, espérant que son charisme naturel la dompterait encore quelques temps.
- Les pillards étaient tous des anciens esclaves. La chance ou l’audace leur avait permis de retrouver leur liberté. Leur chef, Artemis Vilroy, les a organisés, entraînés. Il leur a donnés une forme de discipline et fait entrevoir son rêve : une nation sans esclaves, sans tyrans. Une nation d’hommes libres…


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MessageSujet: Re: A propos d'un ADD on line extraordinaire ...   Mer 23 Nov à 9:51

Mara somnolait et s’étira sur sa couche couverte de peaux. Sa main ne trouva pas la présence d’Artemis à ses côtés, aussi elle força ses yeux à s’ouvrir pour voir où il se trouvait. La grotte était encore plongée dans l’obscurité, éclairée par quelques champignons et moisissures lumineuses. Artemis était posté à l’entrée du réseau de cavernes, en train de scruter le ciel étoilé. Cela lui arrivait souvent. Tout comme elle, il ne parlait jamais du passé. Mais Mara savait qu’il y avait quelque part une autre femme, une de celles qui font tourner la tête des hommes et chavirer les cœurs des plus endurcis. C’est peut-être parce qu’ils souffraient tous deux de blessures suintantes qu’ils s’étaient rapprochés. Mara qui n’avait connu que l’amour contraint, bestial, était loin d’imaginer la force d’une relation tellement fusionnelle. Elle était à mille lieux de concevoir qu’elle s’offrirait ainsi à un homme, qu’elle apprécierait ses caresses et sa présence sur son corps. Mais Mara était aussi persuadée que rien de ce qu’ils vivaient ne durerait bien longtemps. C’est peut-être pourquoi elle ne voulait pas connaître l’histoire de l’autre femme, pourquoi elle se contentait de le serrer fort dans ses bras et de lui offrir l’abandon dans une nuit d’ébats. Elle avait découvert avec l’amour la jalousie et savait ce poison plus fort encore que bien d’autres sentiments humains. Elle se leva, lui prit la main et l’entraîna jusqu’à leur lit. Et ils oublièrent ensemble leur morosité…

Ce fut Dungar qui les tira de leur étreinte lascive. Le jeune homme pénétra dans la grotte en toussant fortement à plusieurs reprises, gêné de devoir interrompre leurs oaristys. Artemis se redressa tout en essayant de dissimuler avec la peau de mouton le corps de sa compagne. Lui aussi avait appris qu’il n’était pas bon d’exposer ses trésors, même à des personnes de confiance. La cicatrice qui parcourait son dos, triste souvenir laissé par son meilleur ami, lui rappelait souvent son aveuglement passé.
- Qu’y a-t-il, Dungar ?
Dungar passa son moignon sur son front, qu’il gratta nerveusement. Ses anciens maîtres l’avaient surpris à voler de la nourriture et cette mutilation fut son châtiment.
- Les hommes du Sultan. Ils passent un convoi en pleine nuit, finit-il par lâcher. Ils se dirigent droit vers la mer de sable…
Artemis se releva soudainement.
- Les fous ! Ils vont tous périr !
La mer des sables. Cette portion de sable particulièrement léger et fin qui occupait principalement le centre de Scarve, était un véritable piège, même pour les nomades aguerris. Certaines portions de la mer de sable étaient plus redoutables que les sables mouvants que l’on pouvait trouver partout ailleurs sur la surface du globe. On s’enfonçait dans la « mer », comme on le disait ici, quasiment instantanément. Si d’aventure la victime parvenait à « nager », elle était bien souvent la cible des prédateurs qui vivaient dans ce sable peu dense, dont les terribles Scarabivores, capables de dévorer un bœuf en quelques secondes. Fort heureusement, avec l’expérience, on apprenait à détecter le miroitement particulier de ce sable et éviter de mortelles déconvenues. Personne de sain d’esprit ne pouvait osé s’aventurer dans une telle zone de nuit.
Mara se leva, renonçant à toute pudeur et attrapa ses vêtements.
- Qu’attendons-nous, allons-y ! lâcha-t-elle devant les deux hommes médusés.

L’assaut lancé par les « affranchisseurs » fut particulièrement sanglant. D’habitude, confronté à un grand nombre de pillards, les gardes abandonnaient rapidement leur marchandise, préférant leur survie à toute forme de combat contre des fanatiques. Les attaques orchestrées par le groupe d’Artemis avaient eu pour conséquence de renforcer le nombre de défenseurs, mais les esclaves nouvellement libérés ne cessaient de gonfler leurs rangs, bien plus rapidement que les moyens alloués par les esclavagistes pour protéger leurs convois. Mais dans la mer de sable, la fuite était quasi impossible. Ceux qui s’y essayèrent disparurent rapidement, aspirés par les sables… Les gardes, refroidis par la mort de leurs collègues, se retournèrent en direction des pillards, préférant tenter leur chance contre la horde de barbares plutôt qu’une mort certaine dans les bras du désert de Scarve. Artemis comprit instantanément la situation et tenta de retenir ses hommes, espérant négocier une reddition qui permettrait d’éviter une lutte sanglante. Mais Mara ne l’entendait pas de cette oreille… Elle darda sa monture sur le gros des troupes. Mara avait beaucoup appris auprès d’Artemis et avait depuis longtemps dépassé son maître et amant dans l’art du combat. Elle s’était entichée d’une étrange arme, une immense faux, et force était de constater qu’elle la maniait avec une redouble efficacité. Voir Mara, presque dressée sur ses étriers, faire tournoyer sa faux était une expérience terrifiante. Bien souvent, la jeune femme se retrouvait couverte du sang de ses ennemis et son visage, généralement si angélique, était teinté d’un rictus proche de la démence. La charge de Mara fut accueillie par des lances dressées. Mara les écarta d’un mouvement circulaire de faux, tranchant quelques jugulaires au passage. Un garde, profita de son immobilité passagère, pour l’attaquer de flanc. Elle évita le coup, quittant sa selle et sautant par-dessus l’esclavagiste en exécutant une pirouette majestueuse. Elle retomba à genoux, juste derrière son adversaire, s’arrangeant pour laisser traîner sa faux en arrière. La tirant d’un coup sec pour la ramener en main, la lame de la faux trancha le pied de son assaillant, qui tomba au sol en criant. Elle s’élança alors en direction d’un groupe tremblant de peur. Ils espéraient peut-être se sécuriser en restant proches les uns des autres. Mara termina sa course par une glissade qui projeta du sable dans leurs yeux. Aveuglés, ils étaient bien incapables de se protéger des violents enchaînements de coups de Mara… Lorsqu’elle se retourna, elle constata que les derniers ennemis avaient été éliminés par le reste des hommes. Mara égorgea un garde mortellement blessé et agonisant au sol. Quoiqu’il ait fait, il ne méritait pas de finir dévoré par la morsure du désert de Scarve…


* * *

Diark avait la gorge sèche. Il se resservit un verre de vin et s’apprêtait à combler celui de la femme. Il constata avec surprise qu’elle n’y avait pas touché.
- Vous n’avez pas soif ? s’inquiéta t-il faussement.
La jeune femme lui lança un regard noir et haineux. Elle lui répondit sèchement :
- Non, je bois vos paroles. Cela me suffit…
Diark la dévisagea froidement lorsqu’elle prononça ces quelques mots. Elle était certes belle, mais il savait qu’elle pouvait être dangereuse. Elle manquait juste de mordant ou de finesse, un je ne sais quoi qui la rendrait vraiment percutante. Sa menace voilée sonnait comme une sombre promesse, mais s’il ne la connaissait pas parfaitement, il aurait ri aux éclats devant une attaque aussi maladroite.
- Par la suite, les esclavagistes se sont unis. La troupe d’Artemis, qui d’ailleurs était devenue pour tous, la troupe de Mara, était une véritable plaie pour le commerce. Aussi, ils décidèrent de louer les services d’aventuriers et chasseurs de prime de tout bord, pour les circonvenir. Mais curieusement, le danger ne vint pas de l’extérieur…
La femme fit un geste de la main pour l’arrêter.
- Je connais ma vie, Sire Diark. Nul besoin de me la raconter. Que voulez-vous au juste ?
Diark sourit. Un sourire éclatant et moqueur à la fois. Un sourire victorieux.
- Cela ne paraît pas évident ? lui répondit-il aimablement.


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MessageSujet: Re: A propos d'un ADD on line extraordinaire ...   Mer 23 Nov à 9:52

Mara se tenait en haut du pic rocheux. Une centaine de mètres plus bas, la mer de sable s’étendait à perte de vue. Des vaguelettes de sable venaient, au rythme du vent, s’écraser sur la paroi abrupte. Elle venait souvent regarder le flux et reflux du sable à cet endroit. Artemis lui dit un jour que cela ressemblait étrangement à la mer, cette vaste étendue d’eau salé qu’il avait connu dans sa jeunesse. Elle savait maintenant que jamais elle ne la verrait. Elle entendit des bruits de pas en provenance du conduit de la grotte qui venait jusqu’ici. Ils arriveraient bientôt. Elle regarda tout autour d’elle pour tenter de trouver une issue. Rien, si ce n’est des rochers saillants et tranchants. Artemis disait que cet endroit était leur « porte dérobée », leur seule possibilité de fuite si jamais les grottes étaient attaquées. Mais de là où elle était, elle ne voyait nulle possibilité de s’échapper.

L’attaque avait eu lieu pendant la nuit. Elle ne dormait pas et pensait à sa dispute avec Artemis, qui la jugeait trop emportée et violente. Les hommes commençaient à avoir peur d’elle. Elle lui avait dit qu’elle s’en moquait, et lui avait demandé s’il avait peur d’elle. Et il s’était tu. Mara n’avait pas pleuré depuis des années, mais cette nuit-là, les larmes coulèrent longuement le long de ses joues avant que le sommeil l’emporte. Est-ce son instinct qui la réveilla cette nuit là ou un bruit inhabituel ? Elle ne le saura jamais. Se relevant, elle découvrit qu’Artemis n’était pas à ses côtés, ni même à son poste d’observation nocturne préféré. Immédiatement, ces tristes pensées s’envolèrent, laissant place à la jalousie. Elle se demanda s’il ne partageait pas son temps avec une autre femme, peut-être Tasha, cette jeune femme rousse qui lui rappelait son pays. Elle s’habilla rapidement. Elle faillit partir, mais décida de prendre sa faux, au cas où… Cette situation singulière la projeta des années en arrière. Elle pensa à ses parents, chose qu’elle n’avait pas faite depuis ce qui lui semblait être une éternité. Elle se demanda si sa mère n’était pas morte suite à une pareille dispute avec son père. Après tout, pourquoi s’éloigner du campement sans son époux ? Elle avança silencieusement en direction du conduit menant aux autres cavernes, là où il pensait les trouver…

Elle faillit percuter Dungar dans un conduit étroit. Il était suivi de près par deux inconnus, armes au clair. Il ne lui fallu pas longtemps pour comprendre. Dungar avait une mine désolée qui en disait long.
- Ne tente rien Mara. Cela serait inutile. Ils sont trop nombreux, dit-il rapidement.
Une sourde colère commença à palpiter dans son ventre. Une haine incoercible qui ne demandait qu’à exploser.
- Tu nous as trahis, éructa t-elle.
- Comprends-moi, ils détiennent ma sœur, Mara…
Mara savait qu’il mentait. Elle avait ce don, depuis petite. Les deux hommes se faisaient plus menaçant. Si elle ne réagissait pas rapidement, il serait sur elle. Dans cet étroit conduit, impossible de manier sa faux. Ils avaient l’avantage du nombre et du terrain. Elle se concentra, tenta de se calmer, répétant intérieurement et inlassablement ces mots : « maîtrise ta colère, contient la, n’engages pas le combat. Fuis ».
- Combien ? Combien t’ont-ils donné ? lâcha t-elle en lui assénant un terrible coup de pied.
Dungar s’écroula au sol, gênant la progression des deux mercenaires. Elle ne demanda pas son reste, fit volte-face et s’enfuit. Fuis, ne t’arrêtes pas…

Elle était prise au piège. Aucune issue. Plusieurs hommes débouchèrent sur la plate-forme, forçant Mara à abandonner l’examen de la falaise et à faire front. L’un d’entre eux commença à gesticuler et à psalmodier. Un mage… Elle se surprit à penser qu’elle détestait encore plus les magiciens que les esclavagistes. Un couteau se planta dans sa poitrine la ramenant à la réalité. Elle s’était déconcentrée une seconde à peine et un des mercenaires en avait profité. Les autres hommes se dispersaient en éventail, se rapprochant inexorablement de sa position. Le mage, quant à lui, restait en arrière, sa main droite entourée d’un halo bleuté.
- Rends-toi, Mara la sanglante ! lui ordonna t-il.
Les mercenaires semblaient sûrs d’eux et expérimentés. Sans le magicien, elle aurait peut-être tenté sa chance. Mais à quoi bon se battre, des dizaines d’autres ne devant certainement pas tarder à arriver jusqu’ici.
- Jamais ! répondit-elle
Elle écarta les bras et se laissa tomber en arrière. Un des hommes se précipita pour la rattraper mais sa main se referma sur du vide. Pendant sa chute, elle pensa à Artemis. Elle aurait aimé le revoir une dernière fois. Le contact avec le sable fut moins douloureux que prévu. Il était encore chaud de la veille. Cette présence familière la rassurait. Elle ne tenta pas de nager. Le sang s’échappant de sa blessure la condamnait. Les scarabivores allaient affluer et la dévorer. Elle s’abandonna complètement au désert. Le sable chaud lui rappelait son père lorsqu’il la serrait dans ces bras. Elle sentait sa présence, tout autour d’elle, elle sentait qu’il l’appelait. Elle apercevait sa silhouette qui se découpait dans le soleil couchant, l’attendant aux côtés de sa mère. Elle ne prêta pas attention aux Scarabivores qui arrachaient sa chair. Elle ne pensa pas à Artemis. Elle ne pensa pas au manque d’air. Elle poussa juste un gémissement lorsque l’on l’arracha à ses parents, lorsqu’on la terre la recracha sur un rocher de pierre volcanique…


* * *

Mara chercha ce que son employeur voulait dire. Ses phrases énigmatiques, son sourire enjôleur, commençait sérieusement à l’énerver. Instinctivement, sa main se tendit sur sa droite pour saisir sa faux. Elle ferma les yeux quand elle se rappela l’avoir laissée dans la chambre. Contrainte de continuer à converser, malgré tout.
- Non, cela ne se devine pas. Vous m’engagez pour vous escorter. Puis vous m’inviter à partager votre repas sous un prétexte fallacieux, qui m’a laissé naïvement croire que vous aviez envie de compagnie. Et là, plutôt que de dîner comme convenu, vous me racontez ma vie. Que dois-je comprendre à toutes ces simagrées ?
Diark fut presque touché par tant de candeur. Son visage affichait toujours une profonde satisfaction.
- Il y a une chose que je n’arrive pas à comprendre. Comment avez-vous survécu à cette chute ? Et pourquoi avez-vous fuit Scarve ? Simple curiosité personnelle...
Mara resta bouche bée. Comment pouvait-il éluder aussi simplement ses questions ?
- Si vous êtes parvenu à retracer toute mon histoire, vous parviendrez pareillement à en combler ces lacunes. Ou à inventer une suite qui vous plaira.
Diark éclata de rire.
- Pourquoi ne pas dire simplement que vous êtes tombés sur une faille menant au plan élémentaire de la terre ? Pourquoi ne pas parler de votre nouvelle vie en tant que mercenaire. Comment vous surnomme t-on déjà ? Oh, je l’ai sur le bout de langue. Un nom ridicule. La tamiseuse ? Non, ce n’est pas ça. L’esclave des sables ?
La colère, si familière, grondait dans le ventre de Mara. Du sable commença à couler sur le sol, s’échappant de sa jupe.
- Ne vous fâchez pas. Ceci n’est qu’une conversation amicale. Vous n’aurez pas besoin de ce sable ici. Puis-je vous rappeler que vous n’êtes pas armée ? dit Diark en repoussant légèrement du pied le monticule qui se formait à côté de lui.
- Je pourrais vous arracher votre pomme d’Adam à l’aide de mes dents, répondit Mara en sifflant. Ne me tentez pas !
Diark comprit qu’il l’avait menée à bout. Cela avait été plus facile qu’il ne l’avait imaginé. Finalement, elle ne conviendrait peut-être pas. Mais il était temps d’abattre toutes ses cartes. Enfin, presque toutes… Il sortit un étui à parchemin de sa poche, qui posa sur la table.
- Je travaille pour quelqu’un de très puissant. Il désire engager des mercenaires à la moralité, disons, douteuse. Des personnes qui ne cherchent pas à discuter des motifs, qui savent fermer les yeux. Des personnes expérimentées. Des personnes connaissant les plans. Mais, comme mon employeur est prudent, surtout lorsqu’il engage de nombreux vétérans, il a tendance à se renseigner quelque peu. Afin de savoir si vous êtes fiable, par exemple. Il a donc eu recours à mes services pour en apprendre plus. Si vous êtes d’accord, je vous accompagnerais jusqu’au lieu de rendez-vous, un endroit particulièrement distant. Hop, hop, hop ! N’y songer pas un instant. Je lis dans vos yeux que vous voulez me tuer. Mais voyez-vous, je suis le seul à pouvoir vous emmener jusqu’à ce travail.
Pour bien faire passer son message, Diark tapota sur l’étui à parchemin.
- Quel est le salaire ?
- Pourquoi parler argent ? répondit Diark d’une voix mielleuse. Mon employeur est prêt à vous offrir deux de vos connaissances en récompense d’une petite tâche. Dungar et Artemis, sur un plateau.
Diark posa à côté de l’étui à parchemin une petite boîte de bois et la glissa jusqu’à Mara. Elle l’ouvrit, sachant ce qui s’y trouvait, puis referma l’écrin.
- La preuve qu’ils sont vivants.
- Un d’avance. Le reste lorsque le contrat sera terminé.
- Je ne suis pas en mesure de négocier les termes du contrat…
- Alors, à quoi tu sers ? dit-elle sèchement
Mara se leva brusquement, sortit une petite lame courbe de sa jupe et trancha la gorge de Diark, qui s’écroula sur la table. Elle ramassa l’étui à parchemin et la boîte. Elle se leva tranquillement et rangea son couteau pendant que le sang de la jugulaire de Diark s’étendait sur la table. Les consommateurs la fixaient avec horreur. Mara les dévisagea et se dirigea vers sa chambre. Arrivée devant les marches de l’escalier menant à l’étage, elle se retourna et dit :
- Il voulait me quitter pour un autre homme…
Certains hochèrent la tête en signe d’acquiescement.



Voilà, j'ai décidé d'arrêter l'histoire là (après tout c'était juste pour présenter mon personnage). Et je dois dire que la rencontre avec Brume est plus qu'intéressante...
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MessageSujet: Re: A propos d'un ADD on line extraordinaire ...   Jeu 24 Nov à 20:50

Elionna ne semble pas faire l’unanimité !

Cette femme perdue dont les yeux mortels, dans leur splendeur entière, ne sont que des miroirs obscurcis…
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MessageSujet: Re: A propos d'un ADD on line extraordinaire ...   Ven 25 Nov à 5:03

A Elionna,

Chaque être de vie a ses propres faiblesses, par delà le miroir obscurci de ses étranges méandres, l’âme d’Elionna cherche ses ailleurs, loin de ses peurs qui la tenaillent, dans les simulacres éthérés de ses croyances impies.

Bien que je ne partagerai jamais ses désirs de vengeances, et que je resterai seule à expier mes pêchers devant ces Dieux blafards, qui se repaissent du sang de nos innocentes victimes, je saurai l’épauler, car sans la juger, je partage ses aventures, et que je lui suis fidèle, même au delà de nos morts programmées.

Nous avons tous besoin de nos multiplicités, pour ne point succomber !

Mille mercis

Mille bises

Brume aux Loups

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MessageSujet: Aux confins des brumes, vivait Brume ...   Ven 25 Nov à 5:14

Brume au Loups

Synopsis non détaillé :

Très jeune j'étais très belle. Très vite les hommes que je croisais pensaient d'avantage à me déshabiller qu'à écouter mes chants.
Un soir de juin, un noble faisait halte chez mes parents, qui tenaient une auberge. Il monta dans sa chambre, et ordonna à ses sbires d'aller me chercher. Devenue femme bien trop vite ce soir là, il m'humilia en m'offrant à ses gardes, après m'avoir volé mon pucelage.
Il paya grassement mes parents, qui se demandèrent, alors, si je ne pouvais pas leur rapporter plus, en accompagnant les clients au lit.

Jusqu'à ma majorité, je m'exécutais, et j'en profitais pour apprendre le plus possible de tout ce qui entourait ce monde. J'appris les langues, étrangères, et me réfugiais dans la forêt pour chanter la tristesse de ma vie, écoutant les préceptes tout emplis de sagesse, d’une vieille ermite, qui parlait plus aux animaux qu’a ses maudits congénères.
Un soir une louve s'étendit à quelques pas de moi. Elle avait de louveteaux blancs. Elle semblait aimer ma musique, et était en confiance auprès de moi. Ainsi elle venait souvent m'écouter avec ses petits, et fut ma seule auditrice, durant de longs mois. Ses petits m'approchèrent et se familiarisèrent avec moi. Jusqu'au jour où elle ne revint plus. Seuls ses petits, qui avaient grandi et étaient devenus de grands loups blancs, venaient encore quelques fois me rendre visite. Bien plus tard, j’appris qu’il s’agissait en fait de deux grandes louves !

Une nuit, je tuais mon client dans le lit. J'alertais mon père, qui n'y vit aucun désagrément, bien au contraire, il dépouilla le mort et me donna quelques peccadilles pour me dédommager.

Plus tard, je tuais chaque soir un autre client, après m'être assurée qu’il venait de loin et qu'il n'avait pas de famille aux alentours.

Dès lors qu'il remplissait ces deux conditions il était mort avant l'aube. J’essayais même de le faire très vite, afin qu’il épargne mon corps endolori.

Un soir, un pirate entra dans l'auberge. Il était grand, beau, balafré, et avait des yeux de braise. Je me perdis dans ses yeux, et monter avec lui me fut plus qu'agréable.
Je m'enfuis de l'auberge paternelle avant le lever du jour. Nous vécûmes quelques années ensemble. Je m'isolais souvent dans les forêts, et je retrouvais toujours mes deux loups blancs, où que mes pas me menaient.

Un jour de foire, je me retrouvais dans la cour du palais d'un riche seigneur. En le voyant, je reconnu celui qui avait détruit mes premiers rêves. Dans la nuit, je dansais pour lui dans sa chambre, il ne m'avait pas reconnu. A la lueur d'un brasero, nue, je m'approchais de lui un poignard dans chaque main. Il ne se rendit compte de rien, et je les lui plantais de part et d'autre du cou. Je m'assis devant lui, le regardant se vider de son sang.
Soulagement, plaisir, joie secrète et profonde, il scella ce soir là mon destin de derviche. Mon pirate de mari grimpa par les rambardes, et me rejoignit. Nous détroussâmes le malheureux nanti, et partîmes vers d'autres larcins.
Il en fut ainsi de longues années. Seuls mes loups, qui me rejoignaient dans les forêts, me permettaient d'avoir encore de l'amour pour un être de vie.
Un soir de débauche, mon mari de marin me fracassa une bouteille de vieux rhum sur la tête. A l'aube il s'était enfui avec une autre jouvencelle, et m'avait dépouillée.
Je mis quelques saisons à les retrouver, et je les tuai ensemble, les transperçant tous les deux du même coup de mon épée longue.
Ainsi je pu reprendre ce qui m'avait appartenu.
Le reste de mon existence oscille entre folles histoires d'amour, et menus larcins, nuits d'ivresse durant lesquelles je semais la mort, me déplaçant sans cesse, car on commençait à parler de moi, et je risquai à tout moment le bûcher.
De plus en plus seule, je parcourai le monde, accompagnée de mes loups, dansant et chantant, devenant extrêmement riche mais toujours aussi seule.
Un cœur froid, que plus personne ne parvenait à réchauffer, à l’exception de mes loups, toujours fidèles, et qui me sauvèrent souvent de moult agressions.

Mille bises

Gaëlle

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