Arpentes et songes

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 Violent et violentée : le sang des larmes

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Gaëlle
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Localisation : Vercors et Brocéliande
Date d'inscription : 20/03/2005

MessageSujet: Violent et violentée : le sang des larmes   Mer 2 Nov à 21:58

Une réflexion commencée sur les lignes du magnifique forum d'Unseelie.

Juste une petite bulle au delà des apparences et des sourires de convenance.

Frivole et incertaine, la libellule aveuglée par les fastes des lampions allumés se jette, éperdue, à la conquête de ces Edens évanescents et volages. Elle se brûle les ailes à voleter si près de cet étrange ailleurs, qui l’attire irrésistiblement, alors même qu’elle sait que ceci n’est qu’un leurre, une envie folle et démesurée d’approcher ce nouvel horizon si loin des banalités de sa petite existence.

Superbe et cambrée, toute habillée de rouge, comme une rose passionnée, belle et sublimée par ses yeux pleins d’amour, elle vint un jour dans les fêtes arrosées de champagne, le long des canaux de la Seine, sur les péniches ancrées à jamais sur ces morceaux de quais, où se jettent à foison les myriades des rêves dérisoires qui hantent toujours les sens excités des jeunes filles rangées.

Belle, ingénue, superbe, tous la dévorent des yeux, regards racoleurs pleins d’envie et de jalousie, et la mare noire du stupre dessine déjà ses affres insondables dans les bulles de champagne. Elle, naïve et transie, toute à son bonheur ne fait que sourire, belle à mourir, comme aiment à le dire ces vicieux en redingotes, qui la jaugent et calculent déjà les substantiels profits qu’ils pourront en tirer. Jeune pouliche jetée en pâture aux seigneurs du vice, gants blancs et queues de pie, qui gèrent les mondes nauséeux des folies aguichantes.

Subtil tours de passe- passe, dans le pétillant nectar doré, un cachet qui se noie, juste quelques grammes d’une chimie amère, briseuse de vertu.

Le néant qui jongle dans les tourbillons éphémères et bariolés des restes de rêves qui flottent, pétales arrachés, sur un lac de champagne, au goût amer de désillusions, dans les ouates avenantes d’une parure de soie. Peu à peu les bulles éclatent en riant, dans les écrins de tes rêves, tu cherches à comprendre pourquoi tu as si mal, pourquoi ton corps ne t’appartient plus tout à fait, pourquoi du sang séché entrave tes cuisses, tes fesses, tes bras … là où se forme la pliure délicate de ta peau soignée et trop blanche.

Pareille à la libellule qui approche trop près du lampion, tu te brûles les ailes, et les sanglots douloureux qui secouent ta poitrine bleuie par les traces dégoûtantes de ces hommes qui ont foulé ton corps jusqu’à cette aube terrifiante, n’y changeront plus rien.
Tu essayes de te lever, boiseries exquises et raffinées, l’horreur a parfois un masque somptueux, et tu tombes sur l’épais tapis de laine, tes jambes ne te portent plus. La douleur lancinante qui te crève le cœur, comme des pics acérés qui griffent ton âme d’enfant, tes habits déchirés, tout imbibés de champagne, et l’odeur entêtante de la fumée des cigares, écrasés sur ta culotte de dentelle, qui jure, immaculée, dans ce douloureux brouillard, linceul de ton insouciance naïve.
La table de nuit couverte de mouchoirs en papier, carrés blancs jetables, pareils à tes émois de jouvencelle, salis par les tâches dégoûtantes de leurs orgasmes terrifiants, et ces aiguilles maculées, qui débordent du cendrier.
Tu regardes un instant ton bras, il est violet, couvert d’ecchymoses, et de trous de seringues. Tes cheveux épars et défaits glissent sur tes épaules endolories, cascades ondulées qui sentent encore le parfum des sueurs opiacées de ta nuit de débâcle, et ta tête qui tourne sans arrêt, et tes larmes qui coulent, amères et futiles, sur ton visage masqué à jamais par cette intrusion sauvage dans tes chairs ensanglantées, au goût âcre et salé de viol et de vice.
Il entre, tu ne l’aperçois qu’avec beaucoup de peines, ses yeux tristes pleurent eux aussi, dans les lancinantes griffures des brumes hallucinogènes, tu reconnais ton père, effondré, qui te prend dans ses bras, corps nu et lacéré par la folie des hommes, vie détruite par les désirs insatiables et pervers de ces nantis pleins de fric, qui font la pluie et le beau temps sur les quais de Paris, à quelques pas seulement de la place Beauvau.

Les années s’écoulent doucement, dix ans déjà, quelques lignes dans les faits divers, mais trop de blancs seings dans les arcanes des pouvoirs égarés. Quelques vies détruites, celles de tes parents, et ton frère, grimaçant à la recherche inlassable de tes violeurs, et la vie qui passe, entraînant avec elle son cortège d’indifférences. Seule et tristes, tu t’occupes aujourd’hui de celles qui en ont trop besoin, qui vivent ces drôles d’expériences et se heurtent à ces voies sans issues. Jamais plus un corps n’a effleuré le tien, même de loin, séquelles insondables d’un traumatisme enfoui au plus profond de ton cœur, là où l’âme souligne les errances de nos amours transies. Jamais plus tu n’as voulu sentir onduler tes cheveux dans ton dos, tête rasée, détresse offerte à la vue de tous ceux que tu rencontres, et tes yeux verts n’ont plus jamais brillés de cet air d’innocence, à jamais ternis par quelques râles de mâles ! Brutal !
Plus de larmes non plus, étang de tes peines asséchés et ridés comme les grands ergs du Sahel, même ton corps s’est effacé de cette vie arrachée, tu n’as plus jamais saignée, femme perdue à jamais dans les délicates alcôves de nos phobies délétères.
Pourtant, hier, alors que l’on travaille ensemble depuis plus de dix ans, tu m’as souri pour la première fois. Tu as sauvé des dizaines d’enfants de leurs propres détresses, effaçant tes peines, n’écoutant que les leurs, et tu as côtoyé des milliers de cas semblables au tien, sans jamais craquer devant eux. Abnégation sublimée, ou folie d’un oubli impossible, blessure à jamais ouverte, qui saigne toujours un peu plus. Mais ce sourire est un rayon de soleil dans la brume de tes jours, tu sais encore le faire, maintenant que le pas est franchi, s’il te plait, continue de sourire !

Pour toi et pour celles qui luttent chaque jour afin d'oublier un viol inscrit à jamais dans leurs chairs sanglantes ...


Au delà du syndrome, le viol est un marqueur indélébile, qui enferme dans une spirale sans fin jusqu'à froler les rives de l'inconsistance et de la renonciation à la vie.

Qu’ils ont lourds à soulever ces barreaux épais qui obstruent ma vie et ma douloureuse errance. Je marche dans une somnolence perpétuelle, comme endolorie, engourdie par ce froid intense qui vit dans mon ventre. Mes yeux ne sont que larmes et mes cils portent les stigmates d’un givre infini, qui ourle mon âme dans une banquise déserte et inhumaine. Je ne vois plus les sourires des gens que je croise, plus rien n’arrive encore à raviver la petite flamme qui se meurt, depuis ce fameux soir de juin, au plus profond de mon être écartelé.
Inopportune rencontre, dans un square sans réverbères, et la folie bestiale d’un homme que je croise, incapable de maîtriser ses pulsions.
Est il plus à plaindre que moi ?

Nous sommes chacun, à notre façon, en marge de la société, brisés par la banalisation de la relation amoureuse, victimes des déviances absurdes que vantent les médias, si loin des préceptes anciens où dominait encore le respect de la personne.

Le sexe n’est plus tabou, il n’est plus reclus au fond des magasins aux anodines devantures opaques des arrières cours de quelques ruelles chaudes, il est partout, s’étale et s’expose sans retenues au milieu de la ville.
Avec lui s’amenuisent les notions fondamentales de respect de l’autre, il peut s’acheter, se vend, se monnaye s’épuise au delà des concepts carcans des valeurs judéo-chrétiennes.

La libération des corps prônée par les vagues soixante-huitardes a été entendu au delà de l’entendement.
La femme s’est libérée, s’est exposée, s’est dénigrée par vindicte le plus souvent, il fallait à tout prix prouver que l’on existait.
Elle a acquis de nouveaux droits, s’est épanouie, s’est hissée lentement au même niveau que les mâles, abandonnant en même temps les égards auxquels elle pouvait prétendre … Car l’Homme n’est pas parfait, il n’associe que ce qu’il souhaite comprendre, et use de mille stratagèmes pour déformer les idéaux louables de quelques unes, en les réduisant à de tristes concepts tout empreints d’un machisme exacerbé et abjecte.

De ces années de libertés nouvelles, on ne garde que quelques idées préconçues, prétextes absurdes à des pratiques libertaires, aux fragrances de stupre. La femme idéalisée, chérie par nos aînés, n’est plus qu’une petite arriviste, qui veut les mêmes droits que les hommes, et qui entreprend de se donner une nouvelle image, branchée, facile et ouverte.
Elle veut devenir égale à ces machos en exercice, et bien, qu’elle commence à ne plus pleurer et à écarter les jambes, elle veut l’égalité, et bien qu’elle devienne aussi vulgaire que ces pochtrons imbéciles, qui lui servent de référence, si loin des idéaux louables et magnifiques, défendus par quelques érudites féministes comme ces grandes dames, que sont Simone Veil, Carmen Roméro, Mila Younès, Nawal Saadaoui, Anne Zelenski-Tristan, ou Simone de Beauvoir par exemple.

De cette perte de respect, naît indubitablement une perte de repères, et les hommes malades de cette société trop permissive, rejettent chaque jour plus loin les limites de leurs propres morales, incendiés par leurs désirs grandissants, indomptables et brûlants, avivés par les innombrables visions de sexes, offertes chaque jour à l’œil attentif.

Avant d’être une femme, nous ne sommes plus, à leurs yeux malades, qu’un sexe ouvert et accueillant, sans tabous, sans morale, sans souffrance, juste un reflet rutilant des paillettes amorales générées par cette drôle de société déjantée et absurde.

Corps offerts aux tabloïdes, affichés sans honte dans les rues de nos villes, sexes offerts et humides jetés en pâture aux objectifs de tout poil, sur les centaines de chaînes télévisuelles, et sur les grands écrans des complexes cinématographiques. La nature même de notre essence de femme disparaît, noyée dans les vagues de la concupiscence ambiante, tolérée et encouragée.

Alors que faire ?

Je marche anodine dans mes vêtements trop amples qui voilent volontairement, toutes traces de ma féminité. Trop de risques à paraître femme, dans ce monde de brutes, trop de folies latentes, qui hantent mes peurs et emprisonnent mes jours.

Chaque jour la presse gourmande, relate des centaines de viols, dans les beaux quartiers, dans les parcs, les jardins, les transports publics, dans les hôpitaux, les caves les cités, les entreprises, autant de corps disloqués, autant de vies gâchées, autant de femmes bafouées au nom d’une morale trop permissive, trop absurde, trop décalée.

Pire, lorsque certaines d’entre elles ont le courage d’aller devant les juges, les avocats rigolards, leurs demandent pourquoi s’étaient elles habillées en mini jupes ?
Tentatrices, jusqu’au bout de nos accessoires de mode, nous avons encore le mauvais rôle, alors que ricanent les accusés, tout pleins de fiels et de morgues aux relents écoeurants de machisme.
Alors on meurt une seconde fois, lorsqu’ils sortent en riant, libres et pédants, nous laissant détruites dans nos chairs et dans nos âmes, et on se remet en cause, on s’accuse, marquée à jamais par les stigmates de femmes violées, de femmes faciles, de tentatrices.
Eux, contents et ventripotents, sortent des palais de cette drôle de justice en rotant d’aise, aux bras de leurs épouses qui nous regardent comme de vraies salopes, destructrices de foyers catholiques pratiquants, vipères assoiffées de sexe, évoluant dans les bas fonds de ces villes trop propres, aux avenues larges et aux places d’églises balayées et fleuries.

Pourtant je ne veux rien d’autre qu’un respect qui me semble légitime, exister en tant que femme, avec les égards qui me sont dus en tant qu’Être Humain à part entière, je veux pouvoir m’habiller comme je l’entends, sans que quelques machos déjantés se permettent de se servir de mon corps sans mon consentement. Je veux être reconnue comme individu, parce que j’y ai droit moi aussi, et si certaines d’entre nous font le choix de se livrer nues, en pâture à la presse affriolante, je ne veux pas que ces images suggestives engendrent l’abnégation de nos droits au respect de l’intégrité de nos corps et de notre féminité.

Est ce si difficile à comprendre ?
Nous ne sommes pas des poupées gonflables, nous ne sommes pas des houris, ni des hétaïres soumises, non, nous sommes des femmes, nous voulons vivre pleinement notre féminité, sans risquer de nous faire agresser par quelques déviants soit disant branchés et machos.

Je regarde passer les gens, ils ne me voient plus, je ne suis plus qu’une ombre insignifiante, ma vie s’est arrêtée un soir de juin, forcée, humiliée, abusée, déchiquetée, brisée … violée !

Depuis je me suis fermée au autres, au monde tout entier, repliée en mes chairs sanguinolentes, balafrées, déchirées. Malgré tous ses efforts, même mon amour est parti, meurtri, anéanti. Je lui refusais tout contact, même une caresse irradiait mes chairs et rouvrait mes plaies. Depuis je suis seule, égrenant mon malheur, juste encore un peu vivante, juste au dessus du vide, faisant de l’équilibre sur le fil de ma vie, prête à sombrer dans la folie.

Pour un instant volé, toute une vie brisée, je suis une fille violée !

Mille bises

Gaëlle

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MessageSujet: Re: Violent et violentée : le sang des larmes   Mer 2 Nov à 22:46

Je ne ferais aucun commentaire particulier, je suis de toute façon dans une optique assez proche quant aux comportements de certains (je devrais dire "de beaucoup") par rapport aux femmes. Mais je ne ferais pas plus de discours moralisateurs. Déplacé dans ce contexte. Neutral
Cependant, cela me fait penser à une oeuvre d'une relation roliste qui a fait une grosse enquête avant de sortir un roman basé sur les témoignages qu'il a pu dénicher dans la capitale. J'ai vraiment aimé le livre, même si c'est relativement (non disons-le franchement : nettement) moins lyrique que le texte de Gaëlle. Je ne pense pas que Michaël m'en voudra de mettre un extrait (bon, de toute façon, c'est disponible gratuitement en ligne, il n'y a donc pas de problèmes de droits).

Note : je vais peut-être aérer le texte, parce qu'en forum, c'est beaucoup moins lisible.

"Le poing et la mâchoire serrés sur son drap moite, Vincent transpire d’une douleur coite. Une sensation de poils collés au sang coagulé sur son assise fraîchement écartelée, il entre dans une réalité de souffrance qui semble devoir durer une éternité. Une veine de colère froide frappe sa tempe aux rythmes de son cœur emballé. Sèche au fond de ses yeux une larme, comme pour ne plus jamais devoir couler. D’un râle étouffé hurle son âme. Petite esquif de raison vacillante sous les soubresauts saccadés d’un corps meurtri. Battu, mais s’ils n’avaient pas été quatre. Humilié, mais s’il n’avait pas été battu. Violé, là ce n’est pas… Là il se doit… Là il… Sur le poing rageur que sa virilité lui commande de lever, son sang séché réclame vengeance, justice, fraternité. Les muscles gonflés par la colère, d’un bond il se redresse, encore fier. La douleur le contraint à admettre que pour l’instant il s’est fait mettre. Trahi par le trop tard de son corps, il se résigne. Trahi par le trop tard de sa colère, il l’a réprime. Trop tard, Vincent est victime. Ne reste plus qu’à gérer les dégâts. Dix-huit ans de vie normale s’achèvent ici et maintenant. Adapte-toi. Rest in peace Vincenzo le rigolo. Venir faire tes études à Paris, aimer la bière et le football, hérésie. Faire connaissance autour d’un match pour fêter la victoire…désespoir. Comme une maladie, ta douleur est orpheline. Trop de sucre dans ta vie, ils t’ont dosé l’insuline. L’anus meurtri, Vincent visionne la scène de son crime au ralenti. A chaque arrêt sur image, le flot bouillonnant de ses pensées l’assaille. Tu n’aimais pas les préjugés, tu n’aimais pas rire d’eux. Eux si. Et de toi aussi. Enfin de toi couvert de foutre. Toi qui tu es, qui tu aimes, qui tu espères devenir. De tout ton ça, ils s’en foutent. Etre le plus fort et le plus heureux possible, telle est la devise. Tu t’es fait consommer par les plus forts. Les bières qu’ils t’ont offertes, c’était pour faire mariner ta viande. La fumée qu’ils t’ont mise dans les narines, c’était pour te la détendre. Servie aux poings directement dans les toilettes avec son léger fumet d’urine ambiant.

- Je vais te convertir, frustré d’hétéro.
A chaque râle tu as senti la haine de ce que tu représentes, Vincent. Tu es un beauf de province. Futur buveur de pastis, connard qui rejettera son fils. Maintenant ton honneur n’est plus sauf, tu peux enfin comprendre le vice.
- On ne l’a même pas violé, on s’est masturbé dedans.

Voilà la dernière chose que tu as entendue, Vincent. Le visage fini à l’urine sur le carrelage. Façon de marquer le territoire sur ton jeune âge. Puis se relever. Souffrir. Courir. Rentrer se laver. S’écrouler. Fermer le poing, et ? Oui Vincent, regarde le sang sur ta main. Tu n’as pas rêvé. C’est ça qui t’est arrivé. Oui certaines minutes cumulent à elles seules plus de douleurs que des milliers d’autres réunies. Voilà comment tout ce que tu pensais être avant elles a été traité par le regard de ces autres. Maintenant assume les années qui sont encore devant toi. Tu trouveras toujours un con pour te dire que tu n’as que dix-huit ans et que tu t’en remettras.
A chacun de ces souvenirs, le ventre de Vincent comme encore en lutte se bat pour vider son contenu. Vomir comme seule issue. Courir pour s’y engouffrer. Hurler avec son estomac. Se regarder le reflet dans son miroir et ? Qu’y voir ? Qui y voir ? Je suis toujours qui ? Je suis toujours moi ? Est-ce que cela doit se savoir ? Ta chérie arrive demain, alors ? Ta lèvre tuméfiée devient une mauvaise chute. Le regard perdu devient le stress des futurs examens. Encore quelques détails et demain tu pourras la recevoir. Elle vient pour un week-end de folie pendant que tu commences à la sentir en lui. En lui ? Non en toi. Le regard de Vincent se fige sur son reflet. Maintenant il y a erreur de casting. Qu’est-ce que tu dois lui dire ? Que tout va bien, que tu es de tout cœur avec elle ? Que tu es toujours aussi solidaire de ses efforts pour réussir ses études. Elle veut te rejoindre à Paris. Une sortie, un top dance-floor et au lit. Au lit…

Comme si l’envie de sexe était à l’ordre du jour. Mais attention, pas de sexe et tu tues l’amour. Forcément un hétéro comme toi qui retrouve sa copine et ne la touche pas c’est qu’il ne l’aime plus. Alors il y en a une autre? Elle ne t’intéresse plus? Vincent l’imagine déjà le visage chargé de reproches. Tu ne l’appelles pas souvent. Et pour une fois que tu la vois, tu fais la gueule. Et pourquoi tu ne me dis pas ce qui ne va pas? Parce qu’elle le verra bien, ta petite chérie, que tu n’es pas dans ton état normal. Mais orgueilleuse comme elle est, elle ne pourra pas accepter qu’autre chose puisse faire mal à son Vincent que son amour pour elle. Vincent ne comprend déjà pas tout ce qui lui arrive, et soupire à l’idée qu’en plus il faudra qu’il lui explique. A Elle qui divise le monde en deux catégories, ce qui est cool et ce qui ne l’est pas. Ne pas juger. Ne pas interdire. Open and free. Frappe de ta colère les homos et tu deviens homophobe. Réagis et tu deviens réactionnaire. Parle de morale, déjà vieux con, et elle ne sait pas si elle va se marier avec toi. Crie la vérité, parle-lui du viol, et elle te verra comme un faible. Deviens victime, montre-lui ta douleur. Et quel homme peut garder sa femme en tant que victime, si ce n’est d’une injustice? Tu crois qu’ils font comment les autres pour préserver l’illusion d’être viril? L’œil fixe de Vincent rougit. Entre douleur et incompréhension, son cœur entame une plaidoirie. Tu es maintenant incapable de la rendre heureuse. Il est impossible qu’elle te comprenne, et même si elle y arrive, tu ne seras plus jamais assez cool. Hors champ du vidéo clip de sa vie. Ton tour de chant s’arrête ici. D’un battement douloureux, le constat part du cœur. Verdict: petit bout d’amour n’est plus que souffrance. Ce qu’elle espère de lui, en lui, pour eux, est fini. Plus maintenant, plus comme avant. Le constat dans la gorge, Vincent hurle à son cœur de tuer l’amour qui les unit. Etre détruit et ne pas la détruire, noblesse oblige. Alors tant pis si cela lui fait mal, elle aura toujours moins mal que lui. Dans la plaie béante du cœur de Vincent perlent les larmes de son amour perdu. Visage fermé et mâchoire crispée pour contenir l’émotion, chaque éclat de ses espoirs brisés lui lacère la gorge. Non, Vincent, tu ne passeras pas ta vie sur la douceur de sa peau. Non, Vincent de son corps tu ne feras plus ton désir. De son corps si doux, si tendre, si sucré, tu dois t’éloigner. Tu dois fuir ce bonheur pour lequel tu te serais battu chaque jour afin de la garder prés de toi chaque nuit. Son futur bonheur sera sans ton nouveau toi. La quitter est ta dernière décision de couple. Assume-là. Qu’elle ne sache jamais pourquoi tu la quittes n’est pas important. Elle continuera sa vie. Elle te trouvera les défauts que tu ne seras plus là pour démentir. Tournera un film avec dans les rôles principaux son amour, son honneur bafoués et ta traîtrise. Le film sera diffusé aux prochains mecs intéressés. La palme reviendra à celui qui lui garantira qu’il n’est pas comme toi. Et lui il pourra là où tu ne peux plus. Plus jamais. Le sourcil volontaire au-dessus de ses yeux rougis, Vincent se rue sur son lit. La crispation marquée sur le front, il refoule ses derniers souvenirs de tendresse. "


Dernière édition par le Mer 2 Nov à 22:49, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Violent et violentée : le sang des larmes   Mer 2 Nov à 22:47

"D’une respiration profonde, il se rappelle que son père amène sa copine demain. Ton Papa. Son corps à nouveau se fige. Mon papa si fort que ta force a été inutile. Que tes conseils ne m’ont pas suffi pour en arriver là. Y avais-tu même pensé avant que je le vive ? Dans ton monde d’adulte, le viol d’homme n’existe pas. Comment je fais maintenant pour vivre avec ça et toi? Je voulais que tu sois fier de moi et qu’est-ce que je suis papa pour toi maintenant? On m’a violé, pour toi je suis devenu gay? Ta chair et ton sang ont été utilisés, et tu vas faire quoi? Search and destroy? Paris est trop grand et toi trop ignorant. Tu vas aller voir la police? Bonjour monsieur l’agent, mon fils s’est fait violer. Tu vas signer un papier, cela va te déculpabiliser. M’emmener déposer brigade des mœurs, l’homme violé chez les femmes battues. Combien vont me regarder en coupable? Moi le sale macho d’hétéro, tu crois que m’asseoir à côté de mes victimes cela va m’aider? Je suis celui qui paye pour le mal qui leur a été fait. Ces hommes m’ont fait ce que d’autres font à ces femmes. Les choses évoluent. Je l’ai eu dans le cul. Sans compassion. Vincent se retourne sans cesse.

Sur le champ de bataille de son lit s’amoncellent les cadavres de ses illusions perdues. Et même si la police les arrête, papa. Tu me vois à la barre dire publiquement que l’on m’a violé, battu et pissé dessus? Tu crois que j’aurai le courage de ces femmes qui y arrivent? Tu crois que les résultats sur elles, sur leur retour à la vie normale avec le sentiment de justice, ce sera le même pour moi? Non, papa, ce ne sera pas pareil. On me jugera coupable. Je ne fais pas le mètre cinquante du petit mec fragile. J’ai peut-être été naïf mais je ne suis pas idiot, et ils l’entendront. On croira que je j’ai bu, ce qui est vrai. On croira que j’ai fait la fête après le match avec eux, ce qui est vrai. Qu’ils ne m’ont pas caché leur homosexualité, ce qui est vrai. Que j’ai fumé un joint avec eux, ce qui est vrai. Que j’ai même ri avec eux, avant d’aller aux toilettes soulager mes bières. Et là… Alors je n’étais pas consentant ou je n’assume pas mes penchants? Sans doute que mon fantasme caché d’homosexuel refoulé est de me faire violer par quatre mecs dans des toilettes. Je n’ai pas eu assez de plaisir alors je me venge? J’ai dragué puis j’ai cherché la bagarre, comme une personne qui ne sait pas où elle en est avec sa sexualité. Pas savoir où j’en suis, je m’en rends compte. Niveau cul ça va, ils m’ont situé. Après, ils se sont défendus. Une simple bagarre d’ivrogne. Violé, non, juste mal dépucelé. Et le verdict dans tout ça? Je vais me faire juger par des citoyens sur leurs intimes convictions ou sur la somme de leurs ignorances ? De préjugé à jugé, le pré est souvent mal clôturé. Vincent déglutit. Non papa je ne veux même pas porter plainte. Papa, je veux la justice mais je ne veux pas que des innocents payent. Je ne vis pas dans un pays où l’opinion publique sait faire la différence entre préjugés collectifs et cas par cas. Dans mes convictions, je veux qu’on leur fasse payer ce qu’ils m’ont fait, mais pas parce qu’ils sont homosexuels, même pas parce qu’ils m’ont violé en accord avec leur sexualité, mais parce qu’ils m’ont dénié le droit d’exercer mon libre arbitre. Ils ont abusé de mon corps contre mon gré. Ebranlé ma confiance en un monde sans différence. Parce que ces quatre individus, eux, ils l’ont faite. Eux et eux seuls. Si le verdict est publié dans la presse, combien utiliseront mon viol pour justifier de leurs homo phobie ? Vincent s’imagine un instant face à un homophobe compatissant, le visage dégoulinant de propos paternels dépassés et lénifiants, et se dit non, entre lui et moi, pas de faux-semblants. Seulement personne ne le comprendra comme ça, papa, même pas toi. Je suis une victime qui ne veut pas devenir coupable, pas même donner d’arguments à ceux qui pour se soulager de leurs angoisses ignorantes ne me réconforteraient même pas en tenant des propos haineux envers une masse d’innocents. Je m’en fous de la masse, j’ai été violé par quatre personnes, pas plus. Je ne me suis pas méfié, je n’ai même pas pensé que je pouvais vivre ça, mais je sais faire la différence entre des individus criminels et des préjugés, moi. Mais même si je dis ça devant un tribunal, ils ne me croiront pas, papa. Mon accent, ma carrure, mon amour du foot, je ne suis pas parisien, je n’ai pas d’amis ici, Alors forcément, j’en ai, moi, des préjugés…Non, papa, pas de plainte. Pas de procès. Paralysé par ses conflits internes, les phalanges crispées et la mine blafarde, Vincent respire fort. Il expire à chaque fois qu’il pense en victime, et arrive de moins en moins à inspirer de courage. L’assaut de ses pensées cherche une faille. Avoir 18 ans et en être là, ici et maintenant, son ego ne le supporte pas. Son instinct de survie pousse son corps à des contractions de plus en fortes, toutes veines dehors. Son âme cherche des issues pour assimiler et surmonter son nouvel état. Portes franchies, tout est vain dehors. Et même si le système fonctionne papa, que les coupables vont en prison, et moi après, je suis quoi ? II n’y a que dans un tribunal où il est bon d’être reconnu victime. La compétition du monde dirige dans des voies de garage ceux qui ne peuvent plus la poursuivre. Elle y offre ses lots de compassion. D’une soudaine contraction plus forte que les autres, un craquement sonore le détend. Vincent en profite pour faire une tentative de bilan. Jamais j’assure mes examens dans mon état. M’en remettre et être au top dans quinze jours, je n’y arriverai pas. Maintenant ma vie est un cauchemar d’où l’on ne se réveille pas. Papa, c’est toi qui m’as donné confiance dans ce monde là? Tu rêvais d’un fils qui réussisse ses études, tu as payé pour. Tu crois vraiment que j’arriverai encore à me concentrer sur mes cours. Echec annoncé, alors je préfère encore me coucher.

Cela fera de la peine à maman, j’en suis navré. Il n’y a pas d’explication pour elle rubrique psychologie de son magazine. Votre fils étudiant a été violé, comment lui parler ? Entre lire les conneries sur mes crises d’adolescence, l’horoscope et la pub pour le dernier ensemble qui ne fait surtout pas vieille. Elle est dépassée la maman que j’aime. Maman on te pardonne, tu n’aurais rien pu faire. Toi et toutes les fois où tu m’as dit qu’il ne fallait pas juger. Toi et toutes les fois où tu m’as dit que j’étais beau, mal habillé et irrespectueux. Tu vois maman, hier j’étais beau et je n’ai pas jugé. Hier j’étais bien habillé. Hier j’ai été respectueux. Hier j’ai donné ma confiance malgré la différence. Regarde-moi maintenant, j’ai les lèvres enflées, je ne peux plus m’asseoir et j’ai mal comme jamais j’avais cru ça possible. Mais j’espère que tu es fière de moi, maman. Instinctivement, Vincent se replie sur lui-même. Fœtale attitude. Tu milites pour changer le monde maman, moi c’est lui qui vient de me changer. Une seconde apaisé sur son canapé, Vincent attrape sa télécommande. Réflexe conditionné, fatale attitude. Télévision allumée. Le journal de la nuit, rien de tel que de voir le malheur des autres pour oublier le sien. Massacres de civils à l’étranger. Guerres d’ailleurs. Délinquances et crimes au menu, son estomac recommence la lutte. Un homme politique, le costard aux larges épaules pour souligner qu’il a la carrure, vient répondre aux questions du présentateur. Rassurez vous brave gens, sur la terre des Droits de l’Homme, tout est sous contrôle, on y travaille. Le monde est dangereux mais en France, en Europe, En Occident…Vincent prend alors la mesure de son décalage. Le gouffre entre ce qu’il vit et ce qu’il voit. Le non dit. Le non vu. Le non moralement diffusable sous peine de réactions d’opinion publique défavorable. C’est au mètre étalon de sa douleur persistante qu’il mesure celle des autres pour la première fois. Dans les nœuds de son estomac il distingue la détresse de ceux qui comme lui ne porteront jamais plainte, et gémit.

Une culpabilité l’assaille. Combien de souffrances invisibles existent sans image. Vincent scrute le reflet de son visage sur l’écran de sa télévision. Sa lèvre mordue diffuse le goût de son sang dans sa bouche. Amer. Perdu dans le flou indistinct de ses larmes refoulées, il cherche la vérité en lui et non dans ce qu’il voit. D’une lucidité que seule la souffrance peut donner, il en extirpe ce qui sera pour lui sa nouvelle vérité, comme une sentence intérieure pour mieux se situer. Dans chaque groupe de réelles victimes se cachent aussi des bourreaux. L’ignorance et l’indifférence à la réelle souffrance des autres sont les gonds de la porte ouverte à tous les vices. Croire que parce que l’on souffre l’on a forcément raison, le début d’un fanatisme. Croire que parce que la compassion donne forcément raison le début d’un laxisme. Faire souffrir un innocent pour se soulager l’injustice, le crime dont j’ai été la victime. Un mauvais geste et les douleurs reprennent Vincent de plus belle. Une urgente soif de comprendre l’assaille. Un besoin de respirer, de pardonner, de tout ce qui donne un moyen de se soulager, guide le chemin de ses pensées. Tes violeurs ont dû souffrir pour te faire ça. Mais puisque cela ne changeait rien au confort de ta vie d’avant, même si tu avais milité toutes pancartes dehors, cela n’a pas eu plus de réelle importance pour toi hier qu’ils n’ont des problèmes avec leurs consciences aujourd’hui. Du générique de la fin du JT, dans lequel il a eu beau cherché, sa douleur, il ne l’a jamais trouvée, Vincent réfléchit sur ce décalage entre son état et la réalité télévisée. Le sourire amer, il se rend compte que sa douleur n’est pas populaire. Un sentiment d’abandon l’assaille de toutes parts. D’un remous plus turbulent de son estomac il comprend la directive. Se lever. Avancer. Vomir, oui chef. Tête baissée sur le SAV de sa torture interne, son abdomen se contracte. D’un vertige sanguin, il sent le lien qui le reliait au reste du monde céder. Fini le confort de ton cocon de conscience médiatisé. Tous ses nerfs tendus jusqu'aux larmes aux yeux, Vincent n’en peut plus. Retour Rapide à la fœtale attitude. La chaleur de son oreiller sur sa joue le détend un peu. Après le journal arrive le talk-show. Vincent ne peut s’empêcher de s’imaginer sur le plateau. Et toi, Vincent, elle est médiatique ta douleur? Originale, mais un peu trop marginale. Tu n’es pas assez victime pour que l’on s’y intéresse. Et puis d’ici à ce que les méchants l’utilisent. Il ne faudra pas la dire comme ça, toute crue, sur le plateau Vincent. Tu dois être sincère et si tu l’es trop on mettra deux homos bien gentils pour dire qu’ils ne sont pas tous comme ça. Ce qui est vrai. Déontologie oblige. Une petite coupure publicité, pour faire baisser la tension après l’émotion. Puis je te place à côté d’une femme qui a subi la même chose que toi. Son petit physique fragile et ton corps de jeune homme vigoureux, un plan large pour le contraste, et hop, on dédramatisera. Tout le monde malheureusement sait que le viol est subi par des milliers de femmes depuis l’aube des temps. Et beaucoup d’entre elles, bien avant la psychologie moderne, s’en sont sorties. Alors un rude gaillard comme toi, a priori il y a de l’espoir. T’es un homme non? Inutile de rentrer dans le détail. Faire la différence sur les conséquences dans ta tête, ça ne se verra pas à l’image. Au mieux l’on pourra dire qu’en ce qui concerne le retour à la vie normale, il n’est pas encore évident dans notre société qui n’est décidément pas assez moderne, pour un homme comme toi, de s’en remettre. On en fera un reportage, diffusé tard. Mais même là, avec ton physique d’homme du Neandertal, t’es hors catalogue printemps été. Qu’est-ce que tu veux, t’as pas un physique de star. T’es quand même taillé rustique physiquement. Bon d’accord si tu étais un tout petit peu plus efféminé, tu ferais fragile, et en même temps là les gens penseraient que dans le fond t’es quand même un peu homo. Mais t’inquiète pas Vincent, avec le temps on va te la relativiser ta douleur, te la pré-mâcher grâce aux bons diagnostics de nos spécialistes. Rendue digeste, par contraste, elle deviendra supportable pour le téléspectateur. Viens sur mon plateau, n’hésite pas Vincent. Tu y gagnes la reconnaissance. L’illusion que tu as rendu service à la communauté, et non pas en même temps nourri l’imagination de futurs détraqués. Eclaire l’ignorance de ta souffrance. Arrache des regards compatissants. Au final, le verdict pour toi sera le même. Tu es victime Vincent. Mais t’es quand même un bon client. T’as le vocabulaire pour bien parler de ta douleur. Parce que parfois on a du mal, mais là, avec toi, ça va le faire. Je le sens bien. On te fait un forfait de plusieurs émissions sur plusieurs chaînes, plus la possibilité de te ressortir dans les prochaines années. Signe ici, oui avec la petite clause d’exclusivité, mais ce n’est rien, tu as confiance non? Allez, Les passages radio, c’est cadeau.

Ulcéré jusqu’aux tréfonds de son âme, Vincent perd le contrôle. Depuis deux heures qu’il cherche une issue à son mal, tout le révulse. Plus de ce monde de fou. Plus de ce monde du tout. Victime comme toi, c’est être mort parmi les vivants. Ceux qui y croient encore. Alors Vincent, un dernier bilan? Tu as dix-huit ans et tu t’es fait violer dans un monde qui ne reconnaît pas ta souffrance. Tu vas perdre ton premier amour, rater tes études, vivre le restant de tes jours avec le poids de ce que tu vis en ce moment et ses conséquences sans issues. Victime. Victime. Victime. Consciente à défaut de consentante…D’une respiration de plus en plus saccadée, Vincent s’approche de sa fenêtre. Il ne ressent même plus la peur nouer son estomac lorsqu’il passe sa première jambe. Etat de choc post-traumatique. Une rafale de vent irrite ses yeux révulsés, il en profite pour les fermer. Allez, t’es quand même notre enfant, pense à nous, tes parents, tes amis, ta chérie, ta patrie, ta télé, et tutti quanti…Vincent passe son autre jambe. Maintenant Je ne suis plus un enfant. Maintenant je suis grand moi aussi."
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Gaëlle
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MessageSujet: Re: Violent et violentée : le sang des larmes   Jeu 3 Nov à 14:48

Merci Scap,

Edifiant et fort bien écrit, lente agonie de cette chenille, qui ne deviendra jamais papillon.

Adieu, Vincent !

A Dieu !

Mille bises

Gaëlel

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MessageSujet: Re: Violent et violentée : le sang des larmes   

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