Arpentes et songes

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 N'ayons pas peur des mots

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Gaëlle
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Nombre de messages : 225
Localisation : Vercors et Brocéliande
Date d'inscription : 20/03/2005

MessageSujet: N'ayons pas peur des mots   Dim 30 Oct à 19:34

La peur des mots,

Je me cache, j’ai peur, une peur infinie et longue comme un trémolo qui ne cesse de mourir, comme une onde qui court sous les souffles des alizés aveugles et incessants. Quelques lettres assemblées dans le dédale obscur de mes peurs viscérales, et cette nausée qui me hante, qui ne me quitte plus, ce rouet silencieux, qui rythme, malhabile, les affres de mes terreurs enfouies. Le rosier n’est plus aussi beau, ses délicats calices semblent imparfaits, et les larmes de rosée qui ourlent l’échancrure de ses pétales, se perdent dans les embruns amers qui soulignent mes yeux rougis. Je lève la tête, je recherche cette étrange constellation invisible qui a donné son nom à ce mal qui me ronge, et qu’on vient de me trouver. Six petites lettres, comme le mot espoir, qui me gangrènent et me garrottent dans un carcan insondable, pareil aux sangles blanches des lits blancs, tout pleins de barreaux, des chambres d’hôpitaux. Carrelage blanc, à l’unisson des faïences qui obscurcissent les longues sentes éclairées des néons alignés, lorsqu’on nous pousse dans les couloirs inhospitaliers des alcôves illuminées de nos phobies chimiothérapiques. Un mal, des mots qui se veulent terrifiants et abjects, pour qualifier nos maux. Le couperet de la vie tombe à l’improviste, comme une lame sanglante, qui ne fait pas de quartiers, jamais !
Affolée, je n’ai de cesse de fuir cet avenir vérolé, je me séquestre dans un silence abyssal, non, personne ne doit savoir, personne !
Plus rien n’a de saveurs, plus rien n’a plus de saveurs, il n’y a plus de plus dans ma vie trop sombre, et j’agite, hystérique, la crécelle de mes folies affolées. Ne voir personne, ne rien dire, ne pas en parler, ne plus agiter le spectre inquiétant de ce mal absolu, qui entraîne dans son sillage les cœurs les plus forts. Morte par procuration, avant même de mourir, enfermée dans cette tour d’ivoire d’absolues certitudes, la tête bien cachée dans le sable funeste des derniers enfers.

Ne jamais en parler, jamais, jamais, jamais !!!

Personne pour s’en inquiéter, jamais ! Ainsi va la vie, celle là même qui mène au trépas, trop presser de trépasser !

Un sourire amer qui se fige, quelques illusions perdues, ces cahiers d’images qu’on lit et relit dans les greniers secrets de notre existence, photographies sépias aux sourires figés, on déroule les chemins de nos incertaines errances, jaugeant de ce que nous avons perdus, oubliés ou délaissés. Des regards sans vie qui nous croisent, des lieux oubliés, des paysages sublimés par les argentiques décrépis, comme des farandoles vides dont on a perdu le sens. Des morceaux de puzzles, des morceaux de vies, des morceaux de peines, quelques rares joies jusque là oubliées dans les tiroirs secrets des petites pièces de nos neurones lymphatiques, et cette galerie absurde qui hante nos secrets espoirs, nos derniers songes au goût iodé de nos larmes amères.

Lente décrépitude qui nous enveloppe, comme le fin sarcophage soyeux de l’araignée qui entoure sa proie encore vivante pour quelques instants. La peur de nos propres maux, il n’y a pas de mots pour la définir, trop là, trop présente, trop vivante dans notre corps brisé, anéanti, que la vie semble vouloir quitter.

Etrange spleen qui saupoudre notre quotidien d’un voile opaque qui ternit chaque chose. Irresponsable irraisonné, notre corps nous fuit, on ne maîtrise plus rien, à quoi bon d’ailleurs, on est trop près de la fin.

Combien de bonheurs n’avons nous pas eu ?
Combien de malheurs avons nous subis ?
Pourquoi le sort s’acharne t il ainsi sur nos frêles épaules ?

Maudite envers et contre tous !

Peu à peu la pâleur assombrit nos joues jadis fardées, seule, dans notre tour invaincue, pleine de remords et de chagrins, le temps n’avance plus, on ressasse les quelques souvenirs qui nous aident encore à vivre cette lente déchéance, s’attendant à chaque instant à voir entrer le corbillard noir et glacé dans notre cour de jade. Décrépitude subtile, toute en nuances, la mort nous prépare, elle nous attendrit, nous blesse, nous meurtrit afin que nos chairs saignent d’avantage.

Plus intense en sera la curée.

Puis on lâche les derniers foulards de nos rares espoirs, qui s’envolent dans les vents tristes de cette fin d’automne, ballottés par les caprices de nos incertitudes. Plus de larmes pour nous pleurer, plus de rires, jamais, plus rien que le noir de nos linceuls et le vent qui redouble. La porte grince, la tour vacille, les volets claquent et s’arrachent, jusqu’à ce que les gonds finissent par céder.
Délivrance absurde d’un corps à l’âme déjà morte, la vieille faucheuse nous fait entendre son appel, je tire ma révérence, les pavés de la cour résonnent du claquement des sabots noirs du vieux corbillard, qui m’enlève de ce drôle de monde, pour m’emmener vers d’autres cieux, où se jugulent les tropiques, qu’ils soient du cancer ou du capricorne.

Aujourd’hui je brille dans la constellation de ce mal honni que je n’ai su affronter.

Il suffisait d’un sourire, d’un regard, d’une écoute attentive, et ce soir je serais encore là, à filer ma quenouille, appuyant de mon pied nécrosé sur la pédale de bois usé de mon vieux rouet.

Pourquoi cette indifférence ?

Si vous voyez qu’elle a peur, qu’elle ne parle plus, qu’elle ferme à double tour les portes de sa tour d’ivoire, alors, courrez taper contre son huis afin qu’elle vous ouvre son cœur, qu’elle partage ses vieux livres d’images, et qu’elle retrouve le sourire.

Et le soir venu, regardez dans les yeux, cette terrible constellation, qui offre un spectacle sans pareil, à celui qui ne la craint pas !

N'ayez jamais peur des mots pour parler de vos maux !

Mille bises

Gaëlle
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