Arpentes et songes

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 La brume et les quatre loups ; éloge d'un autre absurde.

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Gaëlle
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Nombre de messages : 225
Localisation : Vercors et Brocéliande
Date d'inscription : 20/03/2005

MessageSujet: La brume et les quatre loups ; éloge d'un autre absurde.   Lun 11 Juil à 1:44

La terre tremble. L’orage redouble de violence. Des vagues déchaînées s’éclatent sur la coque qui se tord en hurlant. Le mat est tombé, la voile emportée par la folie des vents qui balayent la grande mer. Prostrée la jeune fille regarde son père. Il est là, stoïque, seul face à l’adversité.
- Burgelle, ce soir Odin se fâche. Il nous envoie son courroux, demain notre vaisseau sera déchiqueté, nous rejoindrons les limbes ouatés des profondeurs. Peut être serai je assez vaillant pour suivre les Walkyries sur le chemin d’étoiles. Mais voudra t il encore m’inviter à sa table, avec tous les héros de notre peuple ?
- Père, je suis sure qu’il sait reconnaître ta force. N’as tu pas défait tous tes adversaires jusqu’à ce jour ? Les portes du Walhalla te sont ouvertes, il t’observe, et sera là pour t’accueillir en chef et en héro.
- Mes hommes sont sur le point de mourir. Je sais qu’ils m’observent cette nuit, là, tout près, juste dans mon dos.
- Tu les as toujours conduit avec vaillance, ils se sont partagés plus de trésors que n’importe quel autre viking, et cette nuit ils te font encore confiance.
Le drakkar, soulevé par une lame transversale craque, sinistre, dans la nuit froide des îles du Nord.
- Burgelle, ce soir, je n’ai jamais été aussi proche de lui, et j’ai peur, serai je seulement à la hauteur ?
- Oui père, ses corbeaux n’ont cessé de lui vanter tes exploits. Tu as terrassé Pictes et barbares, Saxons et Celtes, pour la cause du grand Odin, et ce soir ses forges grondent pour annoncer ta venue à la grande table. S’il me reste un peu de vie, je regarderai les étoiles, pour trouver celle que tu allumeras.
- Burgelle, ce soir je vais t’avouer quelque chose, tout ce que j’ai fait, les victoires qui ont jalonné ma longue errance, je ne l’ai ni fait pour lui, ni pour toi, ni même pour moi, …. la peur a toujours été mon seul motif pour gagner !
- La peur dis tu père, un valeureux chef viking comme toi, mais par Odin que dis tu là, tout cela n’est que mensonge !
- Non Burgelle, seule la peur m’a fait avancer dans ce drôle de monde. j’ai toujours tiré le premier mon épée, avant que l’autre ne le fasse, sans attendre de savoir ce qu’il me voulait. Un soir, la lune était pleine et rouge, les loups hurlaient dans les ténèbres, je marchais seul dans la neige fraîche. C’est là que j’ai perdu mon honneur, il y a longtemps maintenant.
- Comment, que dis tu as perdu ton honneur ? N’es tu pas entrain de devenir fou ?
- Silence Burgelle, écoute ma confession, ce soir j’ai rendez vous avec la mort, et je ne sais pas encore quelle sera son visage !
Une nouvelle vague submerge le vaisseau. Une nuit sans lune, dans les mers du Nord, un bateau est à la dérive, en perdition. Les hommes se rassemblent, calmes, affrontant une dernière fois les affres de la mer, sous les coups de butoir du marteau du Dieu forgeron. Trop d’eau sur le pont, larmes amères, la coque s’ouvre, déchirée, happée par la folie étrange de ce linceul noir. Ils s’agrippent encore hurlant quelques mots pour leurs proches, refaisant le chemin de leurs vies, sous les ordres du grand chef viking, Olaf !
Leurs cornes teintent tristement dans les filaments de brume, sonnant un hallali de désespoir, la fin de ces hommes qui ont su dompter leurs courages, et qui ont défait tant de valeureux adversaires. Au milieu du tumulte, les cieux semblent s’éclairer un instant sous les éclairs affolés. De loin en loin des mélopées apaisent les marins. Douces mélodies qui sortent des bas fonds d’une mer en guerre, et qui entraînent les hommes à suivre leurs ultimes destins.
- Père, ce sont les Sirènes, elles nous accompagnent, c’est là un signe des Dieux n’est ce pas, nous ne mourrons pas encore aujourd’hui, père, regarde, écoute, elles nous appellent, viens, lâches le bastingage, il faut les suivre, c’est la volonté d’Odin !
- Chimères que tout cela Burgelle, il faisait nuit, la neige tombait, et j’ai aperçu ce vieillard. Quatre loups le suivaient, pas des petits loups vois tu, quatre monstres aux mâchoires impressionnantes.
- Père, il faut me suivre, lâches ces cordages, sautes à l’eau, ton bateau coule. Père, suis moi, je t’en prie, à mourir, mourrons ensemble !
La mer malmène les restes du vaisseau. Il pleut à verse, quelques morceaux de glace flottent sur les vagues immenses, qui s’acharnent sur les planches disjointes du noble drakkar.
Seul, accroché à la dunette, le vieil homme hurle sa peur, des cristaux de glace s’accrochent à sa barbe, et ses cheveux hirsutes sont ourlés de givre. Il pleure, le vieux viking, lui qui n’a jamais mouillé ses yeux, il pleure comme un enfant. Des larmes de honte, des larmes de peur, des larmes de sang.
- Pardonne moi vieil homme, je ne pouvais pas savoir, tes loups me faisaient peur, c’est pour cela que je les ai occis. Je revois encore ton silence, lorsque, hébété, tu regardais tes compagnons se vautrer dans leurs chaires sanguinolentes, en glapissant comme des pourceaux. J’ignorais alors qui tu étais. Pardonne moi ! Sauve moi !
Dans le blizzard aveuglant, la neige se transforme en épines, qui dardent le corps ensanglanté du vieux viking. Ses compagnons ne crient plus, ils ont rejoint les contrées ensevelies des Sirènes. La neige redouble de violence. Son bras le fait souffrir, prisonnier des cordes il saigne abondamment.
C’est alors qu’il voit le grand drakkar. Un vaisseau noir, entouré de brumes, qui s’approche doucement. Dans un craquement sinistre, le gaillard d’arrière s’effondre dans l’eau déchaînée. Bizarrement le grand vaisseau ne tangue pas. Il est bord à bord, Olaf regarde le pont vide et gelé. Pourtant la voile est gonflée, le navire prêt à appareiller. Il hurle. Il a peur, sous l’ire du grand Odin.
Alors il se décide, coupe les cordages avec son long couteau, et saute sur le pont du grand navire, alors que son bateau sombre dans les eaux noires et démontées de la mer des pays du Nord.
Il faut beaucoup de temps à un homme raisonnable pour s’habituer au calme qui suit une terrible tempête. Olaf entrouvre les yeux. Le vaisseau vogue doucement, sur la mer déchaînée. Tout est calme. Il semble s’élever, tout entouré de brume. Il se lève, fébrilement. Le ciel est tout zébré par les éclairs incessants. Il marche sur le pont, monte les marches du passavant et entre dans le rouf. L’odeur âcre saisit tout son être. Le vieil homme est là, dans sa longue cape toute trouée d’étoiles. Il lui tourne le dos.
- Par Odin, suis je déjà mort ?
- Non Olaf, ton heure n’est pas venue. Le grand Odin en a ainsi décidé. Il te faut d’abord retrouver l’âme de mes loups !
- Mais comment, c’est impossible, et puis il y a si longtemps, c’était si loin d’ici !
- Tel est le châtiment du grand Odin ! Te voilà seul maintenant pour accomplir cette tâche. Lorsque tu les retrouveras, tu les offriras au Dieu des Dieux, afin de le contenter. Mais pour cela il te faudra apprendre qui tu es, et trouver ta voie, celle qui te conduira en terre du Walhalla !
- C’est indigne de moi, sais tu qui je suis vieillard ?
- Olaf des terres du Nord, tu n’es que le fils de ton père, Arwern, celui qui avait des moutons.
- Mais, comment sais tu cela ?
- Je le sais parce que je suis renseigné par les corbeaux, qui sont mes yeux, mortel !
- O…O…Odin ?
- Oui Olaf, je suis venu te dire que tu dois retrouver l’âme de mes loups, sans quoi tu ne trouveras jamais le repos du guerrier. Tu deviendras un errant, sans renom et sans nom !
- Mais, je … je ne savais pas !
D’un geste de la main le vieil homme arrête les éléments déchaînés. Tout devient calme, Au loin le vaisseau d’Olaf finit de sombrer. La mer est froide, ses compagnons ne peuvent pas survivre.
- Trouve les !

L’orage cesse soudain. Olaf s’ébroue comme un vieux chien trempé. Il se relève et reprend son fardeau. La route est encore longue pour arriver au Castel d’Hahnn.
Pousse toi mendiant, la route est là pour les chariots, pas pour les vieux séniles !
Le charretier crache sur le viel homme, en le dépassant, l’aspergeant au passage avec ses grandes roues qui crachent le trop plein des ornières.
- Misérable crapule, je suis Olaf des Brumes, et nul ne me manque de respect !
Personne n’entend les propos du gueux qui marmonne dans sa longue barbe mal soignée.

Mille bises

Gaëlle

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MessageSujet: Re: La brume et les quatre loups ; éloge d'un autre absurde.   Mar 12 Juil à 16:14

vous etes des coquins vous les bardes de la toile !! parce que vous titillez notre imaginaire et apres on doit patienter pour la suite !! Razz Razz
j'attends donc impatiemment la suite des aventures d'Olaf viking !!
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