Arpentes et songes

hâvre ludique où se rejoignent rôlistes amoureux des fantaisies fantastiques et poètes
 
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 HORS SUJET

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Gaëlle
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Nombre de messages : 225
Localisation : Vercors et Brocéliande
Date d'inscription : 20/03/2005

MessageSujet: HORS SUJET   Dim 27 Mar à 0:37

Coucou,

Pour ceux qui ne le savent pas encore, je suis éducatrice PJJ. (Protection Judiciaire de la Jeunesse).
J'ai de par mon travail accès à des dossiers sordides, dont il m'est bien évidemment interdits de faire état ici.

Je m'occupe principalement de jeunes paumées, des jeunes filles de treize à seize ans, qui ont eu leurs lots d'errances et de folies, qui ont traversées, malgré leurs très jeune âge, bien plus de malheurs que nous tous réunis ici.

La drogue, le viol, la prostitution, le suicide, autant d'étapes abominables, quotidien inhumain de quelques jeunes filles, qui ont encore, parfois, la force de renaître, et d'affronter leurs vies.

Mais pour d'autres, c'est bien plus difficile, alors juste pour elles, pour qu'on ne les oublie pas, quelques mots jetés sur la toile, quelques mots tâchés du sang des folies de ce monde quelques mots gentils ... murmurés juste pour elles.

HORS SUJET !


Et cet étrange ballet de cils, qui passe, doucement. Ces yeux perdus dans le vague de l'âme, qui se cherchent, se perdent lentement, et cette folie de l'homme, prédateur sur le qui vive, capable de cacher les pires de ses sursauts.

Pourquoi le rythme des saisons ne cesse t il jamais de s'enfuir ?
Par delà les trappes éphémères des beautés de nos Mondes ?
Et ces regards qui passent, fuyant vers les destins partagés des abîmes profanes.

Je cherche doucement, à l'affût d'une écoute, simplement une oreille, attentive, dans ce destin triste, et qui m'aide et me trouve, et m'écoute, simplement.

Par delà les reflets des âmes bien nées, qui virevoltent dociles, sur un océan de vices, par delà les chambranles branlants des troupes de fous qui arpentent les scènes, un regard, un seul, qui n'attache pas d'importance à mon trop joli corps, perdu, dans les marées du stupre.

Qui sera t il ce prince qui m'enlèvera, vers sa cabane de bois mort ?

Déjà par delà les étoiles qui effleurent mes paumes, je discerne vaguement les croisillons de bon ton, qui se ferment, bien pensants, sur la tragédie du dehors. Univers de trottoirs, propres et délavés, portes qui se ferment, qui s'ouvrent et se referment, infâme ballet de voitures noires et lentes, qui jaugent les biches égarées aux yeux emplis de mieux.

Quinze, seize ans, déjà, loin des terres de leur enfance, errances meurtries de cette jeunesse volée. Loin de moi sont les vallées de ma Pologne, stupide confiance qui m'a joué un tour de
l'avenue de Suresnes, aux beaux quartiers princiers des faubourgs de l'Étoile. Honorés saints hommes qui balancent leur dévolus salaces sur les petites filles de l'Est et des parages de Manille.

Combien de douceur dans ces yeux imprenables ?

Combien de folies, de larmes et de bises brisées ?

Combien de menaces mesurées et terribles, sur une sœur, une mère ou un autre parent ?

Obstinée, je regarde la Seine, qui déroule son linceul de parfums d'essence, sur les quais de mes souffrances.

Le froid toujours, même en ce mois de juillet, où perlent les délices des chauffards ivres de décadence. Et cette pente sur laquelle je m'enfonce, tendant les mains à celui qui me prendra, encore une fois, malgré le blanc de ma peau diaphane, les cernes noires qui soulignent mes yeux ; enfance volée, futile désaccord, et les terribles miasmes de ces mondes qui se choquent, aux croisements des rues, dans les sombres impasses :

Sens interdits de sens.

Et les larmes de l'habitude, qui gondolent mes joues creusées, caprice d'un temps qui me vole toutes mes jeunes années, sur le carrefour noir de l'avenue Victor Hugo.

Cosettes d'errance, sur le macadam de leur nuit folle, et les voitures qui défilent, doucement, à petits pas.

Triste Olympe de voyeurs, où les Dieux bafoués de morales perfides agonisent doucement, colonnes brisées de Buren ou de Spartes.

Et j'ouvre à nouveau la veste de mes maigreurs, sur le passage des gros conducteurs.

Et la Seine perfide, calme et limpide, qui me tend ses bras tourbillonnants. Passes d'armes vulgaires, quelques billets volés, et les immondes semences, abandonnées, vite essuyées, et de l'amour qui se cache, des yeux qui ne traduisent rien, solitude partagée, bizarre union infâme, sans baisers, sans larmes.

Et leurs grosses mains qui m'invitent, à jouer de leur charme, et ce dégoût qui me ronge, et la Seine qui m'attend….

Et les coups qui pleuvent, les échanges, marchandises offertes à ceux qui le connaissent. Ombre ténue qui me hante, toujours, qui scrute mes efforts, qui jauge de mes atours.

Et l'aiguille qui m'aide, s'enfonce dans mes veines, évasion salvatrice, qui m'enchaîne à ce monde, à la nuit de mes jours, et l'extase chaque jour moins longue, et l'habitude et sa force, et les trottoirs qui s'allongent, et les nuits bien trop courtes.

Où es tu mon Prince, celui des légendes qui peuplaient mon enfance, il y a si peu de temps !

Derrière les voitures noires qui passent, chair humiliée, doigts salaces, je te cherche, et je m'accroche à ce monde qui m'est promis. Et les regards qui passent, s'attardent sur mes chairs dénudées, offertes, et la honte qui m'accompagne, fidèle amie de trépas, qui m'enchaîne et me bat, presque à chaque fois.

Néons glauques des rues de passes, qui passent, impasses !

Où es tu Zoltan ?

Mon promis de mes bancs d'école, loin derrière l'Oural !

Et le froid des nuits sans lunes, et les bois qui s'enfuient vers Boulogne, le pavé, si loin des prairies parfumées du Caucase.

Destin qui s'égard, sur une voie de garage, une voie de parking, une voix d'outrages !

Et les coups qui pleuvent, et mes chairs bleuies, et le noir de ma vie.

Par delà les quartiers chics de la Capitale, loin des magasins de luxe et de voluptés glacées, lorsque les rides entravent ton regard d'enfant, aux yeux de colère et de peur, tu iras sur les autoroutes, aider les gros rouleurs.
Puis plus tard ce seront les chantiers, jusqu'à ce que tu sois dépourvue de tes charmes, alors peut être la Seine, en guise de châteaux en Espagne, ou bien pire encore, qui sait où mes pas me mènent, toujours plus loin dans les ténèbres de ma vie, sur les trottoirs de Paris.

Et les portières qui claquent, rythmant la rentabilité de mes nuits.

Et demain ?

Abandonnée sur les marches de Pantin, au pied de la statue de ce grand homme, inconnu de ma vie, tu vogueras au grés de tes espoirs, sur les rives noires du Styx aux odeurs de fixe et de colle bon marché.

Agenouillée comme une épave, les mères de famille écarteront les poussettes de leurs filles chéries, ignorant que, moi aussi, j'étais une enfant aux mèches brunes.

Cadavres ambulatoires, aux portes de Paris, et ce Prince qui ne vient pas, soupirs volés à la frontière des songes.

Elles jouent dans les bacs à sable, parc Monceau ou Montsouris, sous l'œil vigilant des profiteurs, qui détruisent les enfants.

Barbie des nuits parisiennes, poupées de satin rouge, emprisonnant un temps dans leur guêpières de soie les mains avides des fauteurs cocardés, par delà Grenelle et les ministères amers.

Filles de joie … si tristes, dans les velours des antichambres, où les remous de champagne, qui font signer les puissants pour des commandes de frégates, ou de chars d'assauts, qui détruiront les autres, leurs frères, leurs pères, et donneront du travail à ceux qui les accueillent.

Masque sordide des vies d'enfer, tristes méduses désabusées, sournoisement trompées, par des hommes pleins de scrupules. Des hommes plein de biens sur eux, qui payent leurs impôts, ISF et autres taxes, et qui remplissent les coffres des banques de Zurich, monnayant quelques menus millions entre deux déjeuners d'affaires.

Et ces filles sur le trottoirs, qui les aident à conquérir un Monde burlesque et triste, ou le gris de leurs jours s'accorde si bien au noir des queues de pies.

Mouvance étrange et concertée, bénéfique à milliards, profusion d'intérêts où la vie ne vaut plus rien.

Pantins de naphtaline, sortis des tiroirs caisses, d'un état providence, qui s'adjuge le sort des pays au tiers payant. Monde « é-quart-és » des bénéfices suprêmes, où le noir n'est pas en lice, lie destructrice et perverses, de l'économie du monde des riches.

Toi ton père se tue à extraire un peu de noir pétrole des terres de sables de tes ancêtres, et tu joues ta vie à chaque instant sur un coup de destin privé de latex !

S ordide I nfluence D es A utres, qui se jouent de ta vie, mais si tu meurs ta sœur te remplacera, menue valeur sur l'échiquier du vice.

Et lui tout boursouflé de graisse, qui siège au panthéon autochtone des arcanes étatiques, et dont la femme ferme justement ses volets du XVI °, lorsque tu passes sous ses fenêtres ...
Lui, se frotte la panse sur des fillettes de Siam, et joue avec les bourses des city , de Hong kong à Tokyo, de Londres à Francfort, de Paris à New York, places enviées de villes incertaines, elles aussi bariolées de dentelles, de trottoirs et de fous.

Tu n'y peux rien, tu es née … Hors Sujet !

Alors vagues vraisemblances des mines de tristesse, toujours tu regardes et tu cherches, celui qui, un jour, te regardera dans les yeux, avec cette infinie douceur qui saura te montrer, qu'il n'est pas comme les autres, mais qu'il sait te comprendre !
Mais tu t'enfuiras honteuse, trop de poids, trop de peines, ton cœur gonflé et ta haine des autres, tu t'enfermeras dans la folle seringue, et tu doubleras la dose, jouant encore une fois avec la Parque, qui, sous les quartiers de flanelles, te regarde concupiscente et affamée.

Comment lui dire, même si tu l'aimes, comment le lui montrer, comment ne pas l'entraîner à son tour dans les folles rues d'errances de Paris ou d'ailleurs ?

Comment le préserver, ou affronter son jugement ?

Ton destin s'accroche à son fil débile, et tu te joues des regards moqueurs, ce soir tu descendras encore et encore dans l'arène de la ville, sur les quais de tes peurs. Tu tromperas la mort, elle ne sera pas pire, que ta vie de malheur.

Ton sourire se fige, triste, tu regardes le ciel, noir, d'une journée pluvieuse et les voitures noires, qui roulent doucement.
Tu chercheras encore le sourire de celui que tu tisses dans tes rêves de gamine, mais il n'est plus là, jamais plus d'ailleurs, il est tellement ailleurs, sous d'autres cieux, loin de la place de Wagram, et des tickets de métro.

Résignée tu relaces les lacets de ton corset de soie noire. Tu mets tes fils soyeux de nylon ourlés de misère à tes longues jambes fuselées, tu accroches les lanières de tes jarretières, non, tu ne seras jamais mariée à ton prince de soleil, toi tu vis dans les nuits de tes jours.

Ta grande cape, et tes escarpins, fille de nuit, fille de pluie,

fille de joie, triste !

Et la glace qui te renvoie l'image déformée de tes formes juvéniles, tu poudres tes joues, cache tes coups, blessures d'âme.

Combien de portes claqueront encore ce soir ?
Combien de passes, de pleurs résignés, combien d'hommes hanteront ton espace, combien de blessures encore à ta belle toison noire ?

Tu fermes la porte, doucement, résignée, tu marches essoufflée vers le destin de tes nuits, les ponts de métal, les passerelles, les arceaux de ferraille, infâmes témoins.

Et ces hommes qui te fixent, qui te jaugent, qui t'imaginent dans leurs couches infidèles, et les voitures qui t'attendent sur les quais et les venelles, et tes pas qui se fondent dans le décors opaque de tes nuits de tes jours, et cette cicatrice qui ne se ferme pas.

Onze coups claquent dans la nuit du boulevard, Saint Michel s'avance déjà sous une pluie d'étoiles. Les cars qui ralentissent et te montrent du doigt, rires, et les visières masquées, et les fenêtres fermées et la Seine qui coule, avec ses bateaux mouches et ces gens qui ripaillent, alors que tu n'as rien mangé.

Et les déserts d'ocre, les tempêtes de sable, visages familiers, que tu gardes en mémoire, Zoltan, et ses yeux d'or liquide, et les toundras de couleurs, et le gris de ta nuit.

Le moteur se calme, la voiture ralentit, elle est confortable, au moins tu auras un peu chaud, et ta cape que tu ouvres, et la main qui te hèle, et la porte qui s'ouvre, et le visage sévère de ce cadre plein de fric, invite esquissée, et le bruit de la porte qui se ferme, Adieu Zoltan, bruit sec comme le malheur.

Aujourd'hui tu as vingt ans, ceux qui le savent sont si loin, tu es la seule à tenir encore le compte incertain des années que tu perds.

Dans ce paysage qui défile, derrière la vitre noire de la voiture noire, tu souffles tes bougies, seule, absolument seule.

Il te dépose, c'était rapide, heureusement. Pas un mot échangé, juste quelques billets.

Dans la nuit noire de ce vieux quai, tu cherches l'issue, prison gantée de satin noir. Un banc, quelques heures égrenées à l'église Notre Dame, et tu te lèves chancelante, pleine de poudre, ange déchu.

Quelques pas dans le noir, tu sais qu'elle sera froide, cette Seine qui te tend les bras.
Mais ce sera au moins vite fait !

Titubante tu te lances, dernier ballet dans le drame de tes nuits.

Minuit normal dans les rues de Paris. Tu n'as pas fait trop de bruit.

Ondes discrètes ultime témoin de ton agonie. Tu as laissé ton sac, quelques mots malhabiles, sur une enveloppe tachée. Quelques Euros de ta vie pour ceux qui sont si loin, qui t'aiment peut être encore, te croyant actrice ou mannequin.

Et ce mot d'amour qui griffe le papier, dernier appel à ton bon chevalier :

Zoltan, je t'aime !

La Seine coule doucement, emportant ton trésor.

Demain on déchirera ton dossier, à la conciergerie, et d'autres chercheront ta sœur, pour les trottoirs de Paris.

Mais personne n'y prend garde, comment le pourraient ils ?

- Tu es hors sujet !

-------------------------------------------------------------------------------------

Les yeux de glace des réverbères qui se fanent sous la neige
Et la pauvre petite qui, nue sous sa toile, se gèle simplement.
Et les gens qui sortent du théâtre, pour y voir des oeuvres
Magistrales, terribles drames antiques,
Alors que la tragédie se fige chaque jour,
Sous les lueurs douces des lampions de ces restes de foires.
Si près de chez eux.

Agonies temporelles.

Mille bises

Gaëlle

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