Arpentes et songes

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 Ombre et Val (VII)

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Gaëlle
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Nombre de messages : 225
Localisation : Vercors et Brocéliande
Date d'inscription : 20/03/2005

MessageSujet: Ombre et Val (VII)   Dim 5 Mar à 22:59

- Déshabille moi vite ordonna Yvetot à la bonne affolée par l’arrivée inopinée de son maître. Cette catin ! Pourquoi Diable n’y a t’il que des injustices sur ce foutu Harmonde ?

Pour une fois que j’en trouve une qui me plait et qui ne dit rien !

Lestement déshabillé, il congédia rudement sa servante, et ouvrit la porte de sa chambre.

Ysane était là, magnifique, d’une pureté extatique.
Ses longs cheveux blonds disposés avec adresse cachaient ses seins charnus, qui pointaient avec l’arrogance de leurs jeunesses. De fines cordes entravaient ses mains et ses pieds au lit, lui écartant les jambes et les bras de manière fort impudique

Refermant la porte d’un geste il s’arrêta pour contempler le corps splendide de sa belle.
Ses yeux glissèrent avidement sur le sexe offert d’Ysane, que dissimulaient à peine des poils parfaitement taillés, d’une blondeur pale, presque transparents.

- J’espère que vos liens ne vous gênent pas trop, mais tant que vous vous montrerez aussi intransigeante, je me vois dans l’obligation de vous les laisser dit il avec ironie.

Il rit, un rire fort, plein de mépris, et il ajouta,

- allez ma belle, je suis de fort bonne humeur, et tu vas passer un agréable moment en ma compagnie, regarde, je suis en forme ce soir !

Ysane tourna la tête vers la fenêtre. De lourds flocons tombaient sans relâche, silencieux, et elle sentit de nouvelles larmes monter dans ses yeux.
Elle crispa tout son corps, et attendit, dégoûtée, les assauts de son vaillant tortionnaire.

Il s’écrasa sur son corps, le lit craqua dans un fracas incroyable, elle se mordit les lèvres, jusqu’au sang, alors qu’il s’enfonçait avec violence au plus profond de ses chairs.

Le contact était froid, d’une dureté extraordinaire.

Cette chose s’était immiscée d’un seul coup dans ses chairs palpitantes. Un dard glacé, qui semblait brûler tout ce qui l’entourait.

Il voulu hurler, un râle inaudible sortit avec difficulté de sa gorge, alors qu’il vomissait des glaires et du sang sur le visage terrifié d’Ysane.
Il sentait confusément les contractions de ses muscles tranchés, qui semblaient se ramollir avec rapidité, alors qu’il essayait vainement de redresser son gros corps pour se retirer de celui de la belle jeune fille.

Puis la lame se retira de son écrin sanguinolent, il voulu crier une nouvelle fois, lorsqu’elle se ficha à nouveau dans ses chairs, semblant transpercer ses tissus avec un bruit de déchirement horrible.
Une chaleur étouffante lui emplit alors les poumons, il regarda une dernière fois sa belle captive, dans un halo dense et flou puis il sentit son cœur s’arrêter de battre, alors que son sang giclait sur le lit et la chambre par saccades, de plus en plus petites.
Il n’entendait plus rien, un voile noir glissa sur ses yeux, alors qu’il rejoignait les terres mortifères.

Ysane n’arrivait plus à respirer, cette masse de chair inerte l’oppressait à un point tel, que ses poumons semblaient éclater. Elle ne pouvait pas défaire l’autre lien qui retenait sa main gauche, écrasée par le gros Yvetot.
Ses pieds toujours entravés ne lui étaient d’aucun secours, elle ne pouvait pas se défaire de ce corps volumineux, dont une excroissance était toujours fichée en elle, engluée par un réflexe mortel.

Alors qu’elle se voyait déjà perdue, étouffée par le sénéchal d’Hugorne, elle sentit confusément que sa main venait d’être délivrée par une lame secourable. Puis ses pieds suivirent la même délivrance.

Elle banda ses jambes, remontant ses genoux et, d’une détente puissante, dégagea le cadavre d’Yvetot de son corps.
Puis, reprenant sa respiration, elle l’envoya rouler sur le plancher de la chambre.

- Vite mademoiselle, dépêchez vous, il ne faut pas qu’on vous trouve ici !

Consternée, Ysane regardait la pièce dont les murs étaient maculés de sang qui coulait lentement vers le sol.

Elle s’essuya le visage des glaires de Yvetot, avec un pan de drap resté propre, puis elle regarda la chambrière.

- Tu viens de me sauver la vie, sais tu ?

- Nous aurons le temps d’en parler, Baronne, maintenant habillez vous, il faut filer, on nous attend dans les bois.

Elle ouvrit une penderie, et étala un grand nombre de vêtements, afin que Ysane puisse faire son choix.

- Il fait très froid dehors, dépêchez vous, je reviens dans un instant.

Ysane reprenait courage, elle sauta dans une longue robe de laine, mit un pantalon de peau, et une paire de cuissardes, puis un gilet épais, et courut vers la cheminée, à demi enfoncée, qui dégageait ainsi un passage étroit donnant sur un escalier en colimaçon.

La servante revenait avec une chandelle.

- Tenez, venez, il faut faire vite, suivez moi.

Elle lui tendit une autre chandelle, et s’engouffra dans le tunnel poussiéreux.
Dès que Ysane fut passée, elle referma le mécanisme, et descendit l’escalier.

********


Soudain les louves sursautèrent.

Apeurés Sévénole et Miscellia se pelotonnèrent contre les chaudes fourrures de leurs montures.

Dans un cri strident le manteau de lierre sembla prendre vie, il bruissa soudain, comme un chuchotement hululé, et des milliers de chauves-souris s’envolèrent en même temps des murs noirs de la vieille tour carrée, dans un terrifiant tintamarre.

Doucement les louves se remirent en marche, elles avançaient prudemment dans les hautes herbes enneigées, et passèrent le premier mur d’enceinte.
Rien ne bougeait à l’exception des herbes, d’où fuyaient nombre de reptiles étonnés d’être ainsi dérangés par une présence inhabituelle en ces lieux.

Au dessus de la cité, les vampires chassaient dans une cacophonie dantesque et assourdissante.

- Comment se fait il qu’il y ait autant de serpents à cette saison demanda Miscellia à son compagnon, Ne dorment ils pas en hiver ?

- Je ne sais pas, chut tais toi tu vas nous faire repérer !

- Bourricot, tu crois qu’elles ne s’en sont pas déjà chargées, dit elle en désignant les cieux bruissants.

Sévénole se renfrogna, ignorant la réponse cinglante de sa compagne.

L’odeur était insupportable, plus les louves avançaient dans les dédales des rues de cette cité, plus les effluves charriées par les vents étaient puissantes.
Un mélange de cadavres en décomposition avancée et de moisissures, rendait l’atmosphère déjà pesante, pestilentielle.

Les maisons désertées semblaient abriter d’innombrables serpents, dont les glissements s’entendaient à cause des craquellements de la neige qu’ils provoquaient.

Enfin après une longue marche attentive, arrivèrent ils devant la dernière muraille, l’ultime rempart à les séparer encore de cette immense tour maudite.

A l’inverse du reste des murs, ceux ci étaient en parfait état.
Pas une pierre ne manquait, et les huisseries, fermées, semblaient être régulièrement entretenues.

Les louves s’assirent dans un ensemble parfait, et hurlèrent à la lune.

Leurs cris, répercutés par les murs de la cité, semblaient s’amplifier et leurs échos furent longs et incroyablement forts.

Mais rien ne sembla bouger !

*********


Jehan venait de franchir les derniers contreforts de la plaine vallonnée, qui abritait le monastère où il avait été recueilli et soigné.

Les bises du vent froid, qui régnait ici en maître, réveillaient les douleurs de son visage grêlé par l’incendie, malgré la couche épaisse de baume que lui avait administré Annette avant qu’il ne parte.

Depuis plusieurs heures il avait perdu tous contacts avec ses louves, cela l’inquiétait beaucoup, bien qu’à aucun moment il n’ait senti ses amies en danger.

Inexorablement il s’approchait de la grande forêt des osselets, il savait que tout devait partir de là, et il chevauchait rapidement alors que les hautes orées de ces bois maléfiques se dressaient déjà par delà les vals.

La neige semblait redoubler et il fut contraint de mettre son étalon au pas.

Soudain son cheval se cabra, et il ne dut son équilibre qu’à sa dextérité émérite à l’équitation depuis son plus jeune âge.

Elle était là, assise sur la margelle branlante d’un vieux puits.

La petite fille qui l’avait regardé par la fenêtre de sa chambre, alors qu’il était encore convalescent dans le monastère.

Seule, elle ne semblait pas souffrir du froid, et elle souriait.

- Bonsoir Jehan, tu as mis beaucoup de temps à me rejoindre ! Lui dit elle d’un ton de reproche.

- Mais mais qui es tu ?

- Tu as bien le temps de le découvrir, Jehan, et il ne m’appartient pas de te le dire.

- Le temps presse, les fileuses ne peuvent arrêter leurs ouvrages, et le temps s’écoule inexorablement.
Vas voir le vieil ermite, il est le seul à pouvoir te dire ce qu’il te reste à faire.
Ta belle n’est plus en danger, Ysane a été sauvée, elle est maintenant en lieu sûr, bien des choses reposent dorénavant sur toi, et il faut que tu sois digne de la confiance que beaucoup mettent en toi.

Tu as reçu le don, il te conduira à travers le désert keshite, là, au cœur du grand erg, tu trouveras la gardienne, peut être te confiera t elle la gemme à douze faces, afin que tu retrouves la trace des Dames.

Qui sait quel avenir sera le tien ?

Ecoutes les sentences de Rescal, retrouves tes louves, elles te montreront comment rejoindre le vieil homme, celui qui voit tout !

Elles sont en compagnie des lutins, est ce là le début de l’union des races les prémices de l’harmonie que prônaient les disciples du livre unique, ceux là même qui oeuvraient dans l’académie de Crânaterre ?

Il est peut être temps de délivrer la malédiction, et si c’est le cas, je crois que seul un inspiré comme toi pourra s’en acquitter !

Ecoutes Jehan, ce que disent les grands bois, écoutes, la parole des sages, des disciples de la Dame, écoutes la sagesse primordiale :

Baissant la voix, elle chuchota ces quelques mots, comme une litanie difficile, dont elle semblait avoir du mal à se rappeler l’intégralité.

"O, terrible est le froid glacé
Qui souffle sur la forêt des ombres
Ces troncs superbes, de neige teintes,
Qui écartent leurs ramures noires et tristes
Sous le blanc linceul de la neige.
Et ce bruit, qu'il est triste lui aussi,
Ces mille claquements ces torsions sourdes et soudaines,
Qui parviennent encore a arracher une plainte
A ces troncs suspendus entre terre et ciel,
Longs chapelets d'osselets,
Cinglants la complainte, triste et froide
De cette forêt emplie de morts,
Pendus a ces arbres altiers.
La peste est là, cachée,
Disputant sa ire a la veuve décharnée,
Qui lacère avec justesse ces restes de peaux,
Pendants,
Agressés par la lame affilée de sa grande faux.
Dames que le spectacle est triste.
Seules quelques corneilles
Arrivent encore a vivre sous ces hospices malsains.
Je regarde transi, cette faux qui s'agite,
Donnant corps a un rythme putride,
Langoureux et obscène. Une lente mélopée,
Qui détache ses notes, implacable,
Avec la cadence d'un métronome.
Et ces cris, corbeaux paresseux,
Qui hurlent pitance, sous des cieux tristes et
Enneigés.
Et cet homme avachi, qui cherche son épouse,
Et celui-la, pauvre hère qui hurle la perte de son fils.
Les corps s'agitent, livrés au vent qui les désarticule,
Pantins insipides, glauques et piteux qui bougent
Encore … par-delà la mort.
Ceux-la sont encore frais, le froid vif les a épargnés,
Ils se balancent encore dans leurs robes de bure,
Perchoir improvisé à ces oiseaux noirs,
Qui aiguisent leurs becs sur les orbites déjà vides de
Ces restes d'hommes.
Je chéris ma mort, et je hurle ma peur,
Défiguré par le triste spectacle d'une forêt de corps,
D’os et de membres gelés, qui tintent, pathétiques,
A la bise du soir. "


Les forêts résonnaient encore de ces douces mélodies, alors que Jehan cherchait à comprendre les mots au delà du texte qu’elle lui avait conté.

Relevant la tête, encore empli de concentration, il s’aperçu qu’il était seul devant le puits enneigé, totalement seul, et il nota qu’il n’y avait aucune trace dans la neige fraîche, à l’exception de celles de son cheval et des siennes.


***********


- Bienvenue en Crânaterre mes amis, il y a bien longtemps que je n’y ai vu personne !

Les louves tressaillir, elles n’avaient pas entendu arriver le vieil homme qui les apostrophait ainsi.
Il se dégageait de lui une aura de quiétude dont elles humèrent avec délice les mille effluves réconfortants.

- Je suis heureux que vous aillez pu les guider jusqu’ici amis des chênais, mais ne nous éternisons pas, il faut se hâter, jamais plaie n’a été autant prête à s’ouvrir sur l’Harmonde !
Il est temps d’aller chercher Jehan, le cycle infernal semble s’accélérer maintenant !

Il sourit, il était grand, sans âge ... mais vieux, ses longs cheveux blancs volaient dans le vent, il avait des yeux bleus, d’un bleu glacé, presque arctique, ourlés de poches profondes, qui rendaient son regard précis et inquisiteur.
Vêtu d’une toge blanche immaculée il s’appuyait sur un grand bâton ciselé, orné en son chef d’une magnifique gemme limpide aux reflets violets sertie dans un arc de métal précieux.

La terre trembla violemment.

**********


Le fief de Mortcombe résonna du cri que venait de pousser Hugorne en rentrant dans la chambre de son sénéchal. Celui ci baignait dans son sang, qui avait poissé toute la literie et maculé les murs de la chambre douillette.
Il cracha sur la dépouille d’Yvetot, hurlant sa colère, comprenant que Ysane s’était échappée !

[ A SUIVRE ...]

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Shandrill
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MessageSujet: Re: Ombre et Val (VII)   Mer 12 Avr à 16:00

ca ce précise, se dévoile et s'accelere !!!!!!! toujours autant de plaisir a te lire et d'impatience à attendre la suite ! Razz Wink
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Gaëlle
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MessageSujet: Re: Ombre et Val (VII)   Jeu 13 Avr à 15:39

kikou Shandrill,

Mille mercis de me lire, et d'être fidèle à cette étrange alcôve.

Mille bises

Gaëlle

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